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On a jamais été des grands fans du cinéma anglais mais je dois reconnaître que l'ami Losey fait remonter les actions du cinoche d'outre-manche. Accident est un film tout en non-dit, en regards, une histoire d'amour à quatre (ça change de l'éternel triangle) où les amoureux potentiels cogitent, copinent, coïtent sans que l'on sache vraiment lequel sera gagnant... si gagnant il y a. Losey place au sommet de ce carré (oui, géométriquement ça fait bizarre) la racée Jacqueline Sassard et ses yeux de biches (Chabrol ne s'y trompera lui qui sera le dernier à la faire tourner). Une femme fatale malgré elle qui va donc créer des dégâts autour d'elle sans qu'elle n'ait vraiment besoin de dire mots... Autour d'elle, trois personnages en quête d'affection - et plus si affinité : le jeune et beau Michael York (un peu tendre, le "copain" donc), le vieillissant et démonstratif Stanley Baker (homme publique qui sait ce qu'il veut) et le vieillissant Dirk Bogarde, universitaire introverti qui n'a d'yeux que pour la belle mais n'ose franchir la barrière (photogrammes ci-dessus des plus parlants)... Nos deux derniers pépères sont mariés avec la petite fournée de gosses qui va avec et doivent donc se mesurer au Michael qui a tout pour lui (célibataire, beau gosse, friqué, amical, alcoolique sur les bords, vous pouvez rayer un intrus). Lequel de ses hommes saura le mieux tirer son épingle du jeu, là est la question...

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Question à laquelle on n'osera répondre en laissant planer une ombre de suspense et pour ne pas détruire par avance l'atmosphère de cette oeuvre... atmosphérique. Prenons simplement comme référence le beau Dirk pour tenter d'amorcer un brin d'analyse : notre homme est relativement heureux en couple et dans son taff mais l'arrivée de cette étoile tombée du ciel (ou foudre féminine pour le jeu de mot qui suit) va lui mettre un coup : bon dieu de bon dieu, il n'a plus l'âge pour ce genre de petite sauterelle ou de petite sauterie et sa première tentative pour faire le mariole devant la douce Jacqueline tombe littéralement à l'eau (il se vautre bêtement dans la rivière après une petite virée en barque avec la Jackie et le Michael...). Notre homme pourrait, voudrait mais n'ose... Il se rabat sur un amour de jeunesse (la charmante Delphine Seyrig et sa voix ensorcelante) mais on sent bien que le cœur n'y est pas (merveilleuse séquence, à l'image du film : le dialogue (tout en banalités) entre les deux vieilles connaissances n'est jamais synchronique avec les images qui défilent (les retrouvailles, le dîner au resto, la petite coucherie). Ils parlent pour la forme, pour dirait-on "préserver les apparences" mais l'issue de ce rendez-vous est réglée d'avance, inéluctable. Bogarde, on le sait, on le sent, reprend contact avec cet ancien amour pour coucher avec, uniquement pour pallier à son incapacité à le faire avec la jeune Jacqueline. La frustration est là, elle ne cesse de couver et tout l'art de Losey (et des dialogues de Harold Pinter) est de nous faire comprendre toute la tempête qui se joue dans le crâne du Dirk. Le film joue à la perfection de ces "discussions de circonstance" (Les Parapluies de Cherbourg ne sont pas si loin) tout en nous faisant ressentir à mort les envies, les jalousies, les désirs des personnages et en particulier du Dirk... On sent qu'il résiste, qu'il se fait violence, sourit, échange des banalités sans oser faire le premier pas, tenter une approche et l'on se demande jusqu'où il pourra tenir... Aura-t-il sa "récompense" et dans quelle circonstance ?... ne disons rien mais ce sera sans doute la séquence la plus dramatique du film. L'accident, même, oserais-je...

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Des accidents, il y en aura d'autres, un notamment qui ouvre le film (sur la mort d'un des personnages principaux, l'essentiel du film étant constitué d'un long flash-back) et d'autres plus "anodins" mais qui seront tout autant nuisibles à d'autres personnages, on pense notamment à Baker et sa femme. Des accidents, oui, mais, en dehors de cette scène d'ouverture, qui se feront toujours dans une ambiance feutrée, secrète, lourde. L'extrême précision des cadres de Gerry Fisher, la subtile bande sonore de John Dankworth (un soupçon de saxo, quelques cordes de harpes) renforcent ce curieux sentiment de dépression amoureuse au-dessus d'un jardin anglais : nos trois mâles vivent un véritable calvaire sentimentale depuis l'arrivée de cette princesse venue de nulle part et l’on voit mal comment ils pourront, chacun, en sortir indemne. On apprécie tout particulièrement dans cette oeuvre de Losey l'aspect non démonstratif de la chose mais capable de nous faire ressentir comme rarement le ravage des sentiments tus... pour ne pas dire tueurs. Remarquable. En moult points. On continuera d'explorer avec soin la filmo de cet Anglais qui n’a pas fini de nous surprendre.

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