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Puisque Maren Ade n'a reçu aucun prix à Cannes 2016 (j'ai pas vu le film, c'est vous dire à quel point on est de bonne foi sur Shangols), je décidai, pour la venger (Toni Erdmann ne pouvant qu'être meilleur qu'un Ken Loach), de me pencher sur l'un de ses films précédents, son tout premier long-métrage. Bien m'en a pris tant cette histoire d'un pathétisme terrible marque des points et les esprits. Mélanie Pröschle est ce qu'on appelle chez nous une parfaite quiche. Pas une méchante fille, quelqu'un avec même beaucoup de bonne volonté, mais tellement pataude, maladroite, gentillette qu'elle foire tout ce qu'elle entreprend... Sa vie professionnelle est un carnage : elle enseigne dans un bahut allemand (salopiots de gosses irrespectueux, connards de parents d'élèves imbus de leur progénitures : oui, comme chez nous, cela rassurerait presque... mais c'est les Allemands quand même, la discipline, normalement, c'est... ok j'arrête là) et a tôt fait de se faire chahuter sa mère... Trop tendre dans son attitude, trop consciencieuse dans ses évaluations (ce n'est pas l'école des fans au niveau de ses notes, certains se reconnaîtront... on achète comme on peut sa paix sociale), les gamins (pré et post ados) la prennent rapidement en grippe. La pauvre, avec son sourire un peu niais, tente de se battre, d'arrondir les angles mais on ne peut pas dire qu'elle parvienne vraiment à redresser la barre... Et puis, pas la peine dans ces cas-là de compter sur ses fumiers collègues, c'est chacun sa merde. Dur donc. Côté vie personnelle, c'est tout autant le carnage... Toute nouvelle dans cette ville et loin de ses bases, elle tente de "gratter l'amitié" avec l'une de ses voisines ; malheureusement son comportement un peu emprunté lui fait mettre constamment les pieds dans le plat : trop collante, trop possessive, trop curieuse, elle va vite saouler "sa nouvelle amie"... On plaint la pauvre Mélanie, souhaitant presque qu'elle se prenne rapidement un mur pour repartir sur de nouvelles bases...

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Les premières images semblent un peu hésitantes (cadre à la sauvette, montage (image et son) multipliant les faux-raccords qui font grincer des temps) : on est heureusement rapidement plongé dans la destinée de cette pauvre fille et l'on laisse rapidement notre petit jugement technique au vestiaire... Le malheur des autres a parfois une sale tendance à rassurer sur son propre sort (bon, toi tu la boucles, je convoque tes parents demain... Oui, même s'ils sont morts, j'assume ptit con). Mais là, franchement, notre empathie pour la bougresse Mélanie a tôt fait de se transformer en pitié... Plus elle fait des efforts, tente de se mettre au diapason avec son entourage, d'aller vers les autres, plus elle foire... Elle s'empêtre tant et plus dans ses maladresses que le peu de confiance qu'elle avait en elle fond comme neige au soleil. Le pire, c'est que la pauvre ne fait rien de mal, tente toujours de faire de son mieux, animée des meilleures intentions... Mais ce monde cruel est cruel et notre gentille Mélanie se fait bouffer tout cru... Parviendra-t-elle à prendre du recul, à se remettre en cause ou à craquer ? La jolie fin de Maren Ade répondra à l'une de ces questions - ou pas. On avoue quoiqu'il en soit avoir été happé de bout en bout par cette histoire et ce personnage "tragique" qui donne en creux une image peu reluisante de notre société. L'homme est un loup pour l'homme, plus aucune place n'est possible pour les naïfs et sincères petits agneaux... Toni Erdmann (dont tout le monde a loué le jeu d'acteurs) se présente bien.

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