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Souvent, même les grands portent une sorte d'épine dans le pied, un film qu'ils auraient préféré oublier, voire ne pas faire. Je parierais que Wings of the Hawk est l'épine de Boetticher, tant on ne retrouve là-dedans rien de ce qui fait la grandeur du maître. Scénario chaotique et inconsistant, acteurs nullards, glamour dans les chaussettes, action réduite à la portion congrue, rien à relever de valable dans ce minuscule western de commande, si ce n'est qu'il fut réalisé en 3D. C'est même dommage de voir que, pour une fois que Boetticher tenait un bon sujet historique (la révolution mexicaine), il passe complètement à côté du contexte, très vite relégué en arrière-arrière-plan. Il préfère filmer de façon mollassonne un scénario sans réel enjeu : à la suite de la confiscation de sa mine par un sanguinaire élu, et parce qu'il refuse de collaborer avec l'état corrompu, un brave gars se retrouve impliqué dans les combats qui opposent les prolos au dictateur du pays. C'est aussi parce qu'il se taperait bien la jeune première, une cow-girl âpre au combat mais promise à un chef des révoltés peu scrupuleux sur la morale. Arrestation, puis libération, puis re-arrestation, puis re-délivrance, le film ne sait plus quoi raconter après qu'il a déroulé une première bobine plutôt prometteuse  : belle bagarre en effet entre le héros et ce salopard de Ruiz, on se frotte les mains. Il faudra déchanter très vite devant la fadeur des acteurs (Van Heflin a le charisme et le physique d'un merlan, Julia Adams, sur-maquillée et dotée d'un strabisme dommageable, se croit au musée Grévin), et celle des situations. C'est tellement déconnecté de toute réalité qu'on se désintéresse très vite de cette histoire jetable. Le grand Budd baisse lui-même les bras assez vite, et se retire gentiment de son film, le laissant dérouler ses scènes convenues et artificielles sans lui. Passez moi le sel.

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