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Eh bien non, Eric Rochant n'est pas mort au moins en tant que scénariste (il réalise certes le pilote, mais on ne peut pas dire qu'on sent particulièrement sa patte - pas plus d'ailleurs que celle de Mathieu Demy ou des autres réalisateurs : à croire qu'on s'américanise par rapport à l'esprit d'une série, le cahier des charges pesantplus lourd que le style d'untel ou untel). Je dis cela envers le gars Rochant sans réelle causticité, étant prêt à défendre encore contre vents et marées Un Monde sans pitié, plus que l'ami Gols d'ailleurs. Bref, Rochant, épaulé par Camille de Castelnau et Emmanuel Bourdieu, se replonge dans le petit monde des espions ce qui nous avait valu sa dernière oeuvre "honnête" ou disons regardable sans faire trop la moue, Les Patriotes (1994, pas hier, c'est vrai) ; sa première bonne idée, c'est de laisser tomber le gars Attal (hum) au profit d'un Kassowitz encore et toujours impérial en tant qu'acteur (oui, ses films, moi aussi j'ai arrêté) : il campe ici le rôle relativement complexe, entre l'espion à la fois hyper pro et efficace et celui de l'éternel romantique (c'est pour cela que nos services secrets foirent : on est toujours un peu trop humain - je parle bien sûr sans aucune connaissance de cause). Présent tout au long de la série, le type évolue constamment, s'en prenant psychologiquement et physiquement plein la tronche (l'anti-Bauer), mais continuant d'avancer vaillamment dans la tempête - il plie sans jamais rompre. Au niveau du casting, l'autre bonne idée est la présence de Darroussin en chef de service un peu pince sans rire ; il est également parfaitement capable, notre ami avec ses cravates ridicules, de se refermer comme une huître quand les tuiles commencent à tomber sur son service. Les rôles féminins restent quant à eux de bonne tenue (Sara Giraudeau, Léa Drucker ou encore la délicieuse Zineb Triki as Nadia).

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Le scénar, contrairement à certaines séries actuelles qui, à force de multiplier les trames parallèles, en deviennent absolument ridicules (Game of Thrones, de pire en pire au fil des saisons... fermons la parenthèse), sait se concentrer sur deux ou trois trames qui ne cessent de s'entrecroiser. Pas de multiplication de personnages ou de décors (exotiques) à outrance et on apprécie volontiers cette simplicité : chaque personnage est suffisamment bien écrit et a suffisamment de poids pour qu'on puisse se passer de cet effet contre-productis de dizaines de "figurines" sans fond. Il est donc question ici de trois espions principalement : l'un dont on a perdu la trace en Algérie, l'une qui se prépare à partir en Iran et puis l'ami Kasso qui revient d'une mission de 6 ans à Damas (pas facile le retour d'expatriation, hein Mathieu ? Bah, m'en parle pas !). En toile de fond, seront évoqués les discussions de l'ombre (entre opposition, Russes et représententants gouvernementaux syriens) ayant trait au conflit en Syrie ainsi que la montée du prétendu Etat Islamique : autant dire que Rochant est au taquet au niveau de l'actualité. Après, tout est affaire d'équilibre : sans avoir besoin de multiplier les scènes "spectaculaires", Rochant sait faire monter progressivement la tension, chaque fin d'épisode ayant son petit cliffhanger qui permet d'avoir envie d'en reprendre une dernière cuiller - et c'est comme ça qu'on finit tout le pot, sans même s'en rendre compte. Alors, non, ce n'est pas parce que la mise en scène possède un tant soit peu d'originalité : c'est juste que chaque séquence est subtilement dosée (ni trop longue, ni trop brève) et la trame générale intelligemment écrite. Rochant sait nous faire avancer en même temps que la plupart des protagonistes, sait gérer avec parcimonie ses péripéties (pas de coups d'éclat juste pour le fun ; on n'a pas non plus l'impression d'épisode bouche-trou comme dans l'essentiel des séries aujourd'hui : sa trame se développe à son rythme, avec un vrai sens du réalisme). Bref, sans atteindre des sommets (ouais, avec Assayas aux commandes, par exemple, il y aurait sûrement eu un peu plus de styyyyle), cette première saison, joliment écrite et montée - et n'étant point trop chiche en décors (avec, attention les amis, plusieurs séquences à l'AF de Paris, Boulevard Raspail ! Ah oui, cela ne vous dit rien, forcément... moi, cela me fait un petit pincement au coeur quand même, eheh) - se suit donc très plaisamment et c'est avec envie qu'on se plongera (comme on le fait tranquillement d'un petit sachet de thé saveur fruit des bois vanillé dans l'eau chaude) dans la saison suivante qui vient tout juste de s'achever.

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