The-Rescuers

Un excellent Disney d'après la mort de Disney, c'est assez rare pour le remarquer. Voilà en tout cas, sans hurler au génie, une réussite totale : c'est fun, c'est coloré, les gentils sont tout attendrissants, les méchants affreux, c'est trépidant, rigolo, et techniquement c'est absolument irréprochable. Que demander de plus ? Peut-être un poil de fluidité supplémentaire dans la trame : on dirait parfois que le film est constitué de saynètes qui ont du mal à couler les unes à la suite des autres : l'épisode au zoo, au début, est par exemple vraiment déconnecté du reste. Mais l'impression demeure tout du long : il y a l'épisode albatros, l'épisode libellule, l'épisode diamant, etc., et si on voit bien que l'histoire est la même, on voit un peu trop les coutures, ce qui donne un aspect hâché à la chose.

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C'est à peu près la seule critique qu'on peut faire à ce petit bijou d'enfance. Grande qualité, comme souvent chez les Disney de cette époque : on ne s'adresse qu'aux enfants, pas à leurs parents. The Rescuers est une plongée dans les hantises de l'enfance (abandon, enlèvement, isolement loin des siens, complexe d'infériorité) et dans ses joies (les petits animaux trognons, la conviction que les plus petits s'en sortent aussi, etc.) Les deux héros, très attachants, lui petite souris concierge pas forcément dégrossie mais brave et généreuse, elle souris huppée courageuse et sexy, représente tout ce qu'on aurait envie d'être quand on est un petit gosse, et traversent des aventures à l'ancienne qu'on aurait aimé vivre. Du danger, de l'action, de l'amour, de l'exotisme, des animaux dangereux, des coups de tromblon, des grottes au trésor, c'est parfait. Face à ces deux souris, les auteurs imaginent une méchante qui sera l'une des meilleures de Disney : maquillée comme une maquerelle, une voix d'alcoolo parfaitement horrible (à voir en VO pour la performance de Geraldine Page), Medusa est une grande création, ogresse effrayante en même temps que pathétique (sa peur des souris), dangereuse et mangeuse d'enfants et en même temps ridicule et sans envergure. Il y a aussi cette petite fille gnangnan qu'il y a dans tous les Disney, mais l'univers du film est tellement sombre, tellement triste que cette petite Wendy devient très attachante : abandonnée et en pleine crise de confiance sur elle-même, on ne peut que l'aimer et souhaiter sa victoire sur les méchants.

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Le film soigne parfaitement ses ambiances, ici le bayou, inquiétant, sombre, moite, avec cette grotte effrayante ; et il est rempli de détails craquants sur les personnages secondaires (de la libellule asthmatique, géniale, à l'albatros façon aviateur vintage, en passant par une armée de souris new-orléanaises savoureuse ou un duo de crocodiles hyper félons). Certes, on peut trouver que les atmosphères sont trop mortifères pour des gosses, mais justement : les auteurs mettent le doigt sur ce qui fait la texture des cauchemars d'enfants, et remplissent ce cauchemar de petites pointes de beauté et d'humour. Les aventures sont variées, on tremble vraiment pour ces héros tout petits aux prises avec de gros ennemis, et l'animation est tellement parfaite, dans les expressions de visage notamment (Bernard est un grand acteur de construction), qu'on doit bien se rendre à l'évidence : voilà un des meilleurs Disney. A quand un remake par Fritz Lang et Stewart Granger ?

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