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Dans sa volonté de rendre hommage au genre, Sam Raimi est de toute évidence plus du côté des néo-westerns qui ont fleuri chez lui ou en Italie dans les années 70 que de celui des grands maîtres des années 40-50. On n'en attendait pas moins de ce cinéaste qui, à l'époque, était associé au cinéma d'horreur : formaliste excessif, Raimi ne pouvait pas réaliser un remake de John Ford. Il se situe plutôt dans une esthétique spaghetto-baroco-freudienne tendance Tex Avery, ce qui lui va mieux au teint. En tout cas, son western tardif tient sa place dans l'histoire du genre, et on est même pas loin de penser qu'il a annoncé les essais de Tarantino en étant beaucoup plus modeste que celui-ci.

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Première surprise, et première excellente idée : le casting. Sharon Stone est parfaite en Clint Eastwood sexy, bottes qui montent jusqu'en haut des cuisses, manteau à la Sergio Leone, mutisme de rigueur. Elle débarque dans une petite ville dans la vraie tradition de "l'étranger au passé mystérieux", et emporte avec elle dans ce genre sur-virilisé l'imagerie de Basic Instinct, avec une touche de féminisme de bon aloi. Loin d'être monolythique, son personnage s'avèrera assez complexe, bouffé par un passé ardu (qu'on découvrira dans un très beau flash-back digne de Il était une fois dans l'Ouest), capable d'une grande fragilité malgré son apparente invincibilité, et dôté de sentiments amoureux joyeusement émancipés : ses rapports avec (l'excellent) Russel Crowe seront chaotiques et romantiques, sexués et ambigus. Face à cette icône, sexualisée à mort par Sam Raimi (costume, coiffure, angles de caméra pour en développer la beauté), une armée de mâles, qui défilent façon jeu vidéo devant ses colts. La ville organise en effet un tournoi de duels à mort, et tous les cow-boys du coin se retrouvent là pour se mesurer aux autres. C'est à la fois caricatural et assez complexe : chacun, dans son archétype, a son caractère, sa fêlure, ses raisons d'être là et de tenter de buter tout le monde. Le plus beau personnage est sûrement le jeune "Kid" (Di Caprio, une évidence), fils du félon maire de la ville (Gene Hackman, bien entendu), et qui ne s'inscrit que pour pouvoir prouver sa valeur à celui-ci, alors que pour gagner il est obligé de tuer son père : un personnage freudien assez beau. Mais tous les autres, du dandy flinguant avec élégance à l'Indien immortel, ont leur moment de gloire, leurs beautés, leur attention portée par les scénaristes. Le défilé de duels, outre le fun que ça procure (qui va élimliner qui, dans ce film où on aime tous les personnages ?), est ainsi l'occasion d'un catalogue de fêlures et de refoulements. Ça ne va certes pas très loin, mais on apprécie cette finesse dans le dessin de personnages par ailleurs très cartoonesques.

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Quant à la mise en scène, si elle peut agacer quand elle abuse de gadgets pas très fins (ça virevolte dans tous les sens, la caméra prend la place de la balle, on voit un cow-boy à travers le trou dans la tête de celui qu'il vient d'abattre...), elle sait se faire très classe quand il le faut : très belle lumière ocre de Dante Spinotti, un montage cool dans les moments tendus (des plans étirés jusqu'à l'insupportable quand les coups vont partir), un rythme trépidant dans des scènes de dialogue qui pourraient être pénibles, une vitesse d'exécution impressionnante. Le film est plein comme un oeuf et traite plein de pistes en 110 minutes de temps. Raimi réalise un vrai hommage digne au genre, et y ajoute sa touche de petit malin finalement assez attachante : une vraie réussite.

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