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Pas facile d'assumer ses convictions, dans ce monde d'opportuns et de faux culs, tout en gardant l'estime de sa femme. C'est la tache démesurée à laquelle s'applique notre bon Alberto Sordi, un homme qui a bien de la peine à la fermer aux moments opportuns et qui ne sait pas toujours comment prendre soin de sa Lea Massari. Au départ, dans les dernières années de la guerre, notre homme, barbu et le regard goguenard, est aux côtés des partisans. Poursuivi par les Allemands, il ne doit son salut qu'à la Lea qu'il croise dans un hôtel et qui tue un Boche à coup de fer à repasser la version ancienne, avec de la cendre). C'est le début d'une longue histoire même si l'Alberto, pas convaincu dans un premier temps qu'elle est la femme de sa vie, tardera à revenir dans cet hôtel - après trois mois de liaison pendant la guerre, il a fait faux bon à la Léa en rejoignant les partisans. Mais il la revoit enfin après-guerre et l'embarque à Roma... C'est le début d'un long chemin de croix pour notre homme, incapable de saisir les opportunités (c'est d'ailleurs souvent tout à son honneur) pour grimper dans cette société corrompue. Il est plutôt du genre à se retrouver dans des galères et devra purger deux ans de prison : 1) pour avoir refusé de se laisser soudoyer par un capitaine d'industrie et en publiant un article à charge dans son journal 2) pour s'être retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment lors de troubles politiques. Il ressort sans le sou mais conserve encore tout l'estime de sa Léa. Seulement à force de ne pas toujours savoir la prendre et de mener un peu une vie de crevard, il finit par la perdre... Notre ami Alberto se retrouve plus bas que terre et lui refait une cour guère probante : totalement bourré, il ne cesse de venir la déranger en soirée alors qu'elle s'est trouvée un vieux pigeon... Il a éventuellement des chances de la reconquérir, en faisant le dos rond dans cette saloperie de société. Cela ne veut pas dire que notre homme aura perdu toute fierté...

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On aime ces héros maladroits, aussi bien dans leur relation sociale qu'avec leur douce, mais qui garde au fond d'eux-mêmes un vrai petit grain d'humanité. Le film de Risi nous réserve quelques joyeux moments (le couple - ils n'ont rien mangé depuis trois jours - qui se retrouve invité chez des monarchistes le jour du référendum sur la République et qui se retrouve seul à table à bâfrer ; Sordi, bourré, tentant de reconquérir le coeur de sa belle en balançant sur tous ces Ritals d'apparat ; Alberto, devenu simple carpette au service d'un nanti, faisant preuve d’un sursaut de dignité...). Notre petit couple fonctionne à la perfection, lui le fort en gueule roi de la boulette, elle, la passive, fière des prises de position de son mari. On sent qu'il progresse cahin-caha dans ce monde d'après-guerre où il faut avoir les dents longues, on sent qu'ils sont toujours sur la tangente pour prendre soin de leur avenir, mais il est impossible de les imaginer l'un sans l'autre. Risi trouve un ton plus amer que doux pour conter son récit : si les dialogues fusent, si les reparties se font du tac-au-tac (l'Alberto n'est pas du genre à ne pas faire part de ses pensées), on sent en arrière-fond une petite odeur de pourriture qui flotte sur ce monde d'hypocrites, sur cette société d'opportunistes, de petits malins. La comédie tourne souvent à l'aigre, la romance au vinaigre et Alberto Sordi a le don pour nager dans ses eaux troubles : il garde un sourire souvent jaune aux lèvres mais il se révèle incapable, en toute circonstance, de lâcher l'affaire. Well done, man. Une œuvre du gars Risi qui garde toute sa fougue et sa foi en son frère humain plus de cinquante ans plus tard.   

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