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Je suis d'accord : il faut savoir tuer le père. Canevari a peut-être raison de vouloir faire table rase du passé concernant le genre du western (et quand il dit passé, il inclut même ses petits camarades contemporains du western spaghetti). Mais à force de vouloir casser quelques jouets, il finit par saccager carrément toute sa chambre, c'est malin. L'exercice d'insolence se transforme en trahison pure et dure, et on ne sait plus si on doit s'ébahir devant cet objet punkoïde, anarchiste et nihiliste, ou soupirer devant les maladresses de ce petit cinéaste qui veut péter plus haut que son cul, et si possible au visage de John Ford.

Matalo-Cesare-Canevari

Matalo veut renouveler le western et pour ce faire utilise deux tendances : 1/ prendre le contre-pied de tout ce qui s'est fait jusqu'alors ; et 2/ quand ce n'est pas possible, pousser les concepts de ses aînés tellement loin que ça devient une sorte de système, une pure forme. Par exemple, dans les 1 : la musique, qui est complètement tributaire de son temps, puisqu'on peut entendre une bande-son psychédélique que n'aurait pas refusée Barbet Schroeder après quelques acides ; ou les costumes, mélange anachroniques entre la panoplie du Far-West et le rassemblement de Woodstock ; ou encore le personnage principal, interprété avec une sobriété qu'on peut qualifier de carnavalesque par Corrado Pani : un hors-la-loi ricanant, burlesque et ridicule, mix entre l'austérité de Clint et les pitreries de Terrence Hill. Ou par exemple, dans les 2 : cette sur-exploitation du silence (pas un mot ou presque durant les 90 minutes de film) ou l'action tellement mise en avant qu'elle se réduit à une sorte d'épure, filmée au ralenti, et se cantonnant en gros à un bandit qui fouette un gentil (avec le ralenti, comptez un tiers du film basé sur cette seule séquence). Il ne se passe pratiquement rien dans Matalo, et ce qui se passe laisse pantois : un mec donc qui se fait tabasser, une pendaison évitée (ce qui déclenche des fous-rires tonitruants assez effrayants et incompréhensibles), une vague fusillade sans enjeu à la fin, et pliez. On pourrait apprécier cette "intellectualistaion" du concept, cette réflexion sur le genre ; sauf qu'on se rend bien compte que Canevari est juste complètement con, et qu'en guise de réflexion sur le western il nous offre un bête moment uniquement formel, beaucoup trop baroque pour atteindre l'épure qu'il vise, sans arrêt à cheval entre le ridicule achevé (les comédiens, le montage, le scénario) et le grandiloquent (la mise en scène, le silence), qui ne dit rien, ne raconte rien, et ne fait même pas rire. Après c'est vrai, il faut le voir pour le croire, ne serait-ce que parce que c'est sûrement le seul western où le règlement de compte se fait au boomerang. Mais à part ça, il semblerait bien que le genre ait ici trouvé son pire destructeur, ou son pornographe secret.

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