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Plus forts que les Sioux, les Comanches ou même les Apaches, voici les Seminole, braves Indiens des marais qui vivaient pour l'instant en harmonie avec les Ricains blancs leurs voisins. Mais voici que l'Etat, représenté par le chef de Fort King, le Major Degan (j'en ai vues des enflures, mais alors celui-là les dépasse toutes) se met en tête de déplacer cette tribu dans une réserve, histoire de s'approprier les bons terrains qu'elle occupe pour l'instant. Les Peaux Rouges sont à moitié d'accord, on les comprend, et se mettent à scalper du blanc en guise d'avertissement. L'erreur : on utilise pour les transactions entre les deux camps un gars au fait des moeurs seminoles, Lance Caldwell (Rock Hudson) ; or celui-ci est clairement du côté des Indiens, d'autant que son ami d'enfance (Anthony Quinn) est de sang mêlé. Il apprendra vite d'ailleurs que ce dernier est devenu non seulement chef des Seminoles, mais aussi son rival en amour, ayant choppé la petite Barbara Hale pendant que Rock était au front. La guerre de civilisations croisera donc un combat beaucoup plus intime : qui récupérera la belle (niveau 1) ? Rock parviendra-t-il à épargner son ami d'enfance alors qu'il est dans le camp adverse (niveau 2) ? Et surtout comment être en paix avec sa conscience quand on doit obéir aux ordres et en même temps rester fidèle à ses convictions pacifiques (niveau 3 et suite) ? En tout cas, le liquide seminole va inonder la bonne terre des Everglades, c'est moi qui vous le dis.

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Sujet typiquement boetticherien, on le voit : l'Histoire rencontre l'historiette, et la résolution du film sera aussi politique qu'intime. Le gars sait à merveille faire rentrer les sentiments dans la grande trame westernienne, ses héros sont sensibles et tourmentés alors que n'importe quel autre réalisateur en ferait des blocs de granit. Bonne idée d'ailleurs d'avoir choisi Rock Hudson, visage enfantin posé sur un corps musclé, qui sait très bien nuancer son jeu, donner à son personnage une sorte de tristesse cachée. Il est héroïque et courageux, hein, mais aussi dépassé par le dilemme cornélien qui le tourmente. Le film, sans cet enjeu purement sentimental, serait peut-être un poil fade. Certes, Boetticher réussit parfaitement ses scènes centrales : une expédition cauchemardesque dans les marais, où il s'agit de faire traverser un canon par une petite armée, le tout dans un silence total. Epuisement, chaleur, sables mouvants, cassages de membres, folie, tensions hiérarchiques, on a droit à tout, et le film parvient à rendre ces scènes presque fantastiques grâce au travail sur les sons (les cris d'animaux ne dépareilleraient pas sur un album des Pink Floyd) et aux atmosphères lentement mises en place. Beau travail également sur les couleurs : Boetticher se lâche carrément quand il filme les fameux Seminoles, les maquilleurs et les costumiers s'éclatent comme des gosses, et on se croirait presque, là aussi, plongé dans une atmosphère psychédélique digne des hippies (ce que le scénario, pro-Indien, très pacifiste et digne, confirme également).

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Quinn n'est qu'à moitié convaincant dans le rôle du chef indien, il faut le dire, comme d'ailleurs la plupart des figurants de ce côté-là, qui ont tous de braves têtes d'Américains de province mais sur-maquillées. Mais tout ça reste très agréable dans le classicisme. Il manque quelques bagarres (les deux qu'on peut voir sont bien spectaculaires), quelques scènes d'action aussi, mais ce n'est pas le propos de Boetticher : lui préfère filmer des hommes qui s'affrontent pour leurs idées, regarder des camps qui s'opposent en nuançant les choses, en évitant le manichéisme, et construire le méchant le plus méchant du monde : Richard Carlson est super en petit chefaillon ambitieux et raciste, dépassé par les ordres absurdes qu'il donne, et préférant s'enferrer dans ses erreurs plutôt que de les reconnaître, quitte à détruire tout un peuple par mauvaise foi. Un petit western sensible, au final. C'est OK, c'est bath, séminole.

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