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27 ans après les faits, la justice vient enfin de reconnaître la responsabilité de la police lors de la catastrophe de Hillsborough (un match de foot entre Liverpool et Nottingham Forest qui avait provoqué la mort d'une centaine de personnes) ; il y a vingt ans de cela, un téléfilm de la télévision anglaise écrit par le renommé Jimmy McGovern, avait déjà pointé du doigts les mensonges de la police (qui accusait alors simplement les supporters de Liverpool – « ivres, pissant sur les cadavres et les détroussant », du lourd) et la parodie de procès qui avait eu lieu dans la foulée. Après le choc de la mort d'un proche (un couple perd même ses deux filles), vint le temps d'un procès ignoble et d'un verdict, balayant toute responsabilité des forces de l'ordre et les conneries multiples du chef de la police au moment des faits, proprement hallucinant : de simples accidents mortels... A croire que la police est intouchable, quels que soient les pays européens - je dis ça, je dis rien, vous remarquez.

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Bref, qu'en est-il sinon de ce fameux téléfilm "lanceur d'alerte", comme on le dirait maintenant ? On sent bien - et c'est d'ailleurs dit dès le générique d'ouverture - que le gars McGovern a fait un gros travail d'investigation pour reconstituer avec objectivité à la fois les faits et le procès qui s'en suivit. C'est louable (surtout à l’époque). Quant au procédé de "dramatisation", as they say, qui consiste à nous faire suivre en particulier trois familles totalement abattues par ce drame, on est dans le gros classique. Les acteurs anglais étant ce qu'ils sont - souvent performants - on sent monter progressivement la colère, la tension et les larmes de désespoir face à cette justice en dessous de tout : non seulement c'est béta de mourir en assistant à un simple match de foot, mais en plus tout est fait pour porter le discrédit sur les supporters eux-mêmes (alors que les cadavres sont encore chauds, littéralement, la police interroge les familles des victimes en se concentrant sur deux aspects : votre enfant avait-il un ticket, était-il ivre ? Oups). On sent cette colère froide envahir progressivement l'ensemble des familles des victimes, ne pouvant croire, qu'après la tragédie, on ose mentir de façon aussi éhontée sur le déroulement des faits. Une reconstitution filmique forcément louable - après (vous me voyez venir avec mes gros sabots ?) au niveau de l'aspect artistique, je tiens à rappeler que c'est un téléfilm anglais, hein... On fait avec les moyens du bord, même s'il faut souligner - à défaut de la qualité de l'image ou même de la mise en scène – au moins une réelle efficacité au niveau du montage (le rythme ne retombe jamais au point mort, même lors du procès : c'est déjà ça). En un mot, une œuvre "réaliste" qui a marqué son temps et que l'on peut redécouvrir maintenant que justice est – enfin - faite. Un devoir de mémoire en quelque sorte pour que les mêmes "bavures" (simple euphémisme) de ce genre ne soient plus aussi facilement couvertes.

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