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Pas facile de savoir sous quel angle aborder le dernier film des frères Coen... Un genre de Nuit américaine sur les mille batailles d'un producteur... mais sans âmes. Une sorte de réflexion sur les coulisses d'Hollywood... en trop lisse. Une comédie sur les milieux du cinoche qui tente de balancer un peu mais pas trop, qui tend vers le burlesque mais qui ne fait souvent qu’y tendre... On reconnaît que la chose est de bonne facture, que les Coen, touche-à-tout, ont dû s'amuser à mettre en scène ces séquences de comédie musicale sur tables de bar ou en piscine (avec des connotations sexuelles évidentes, du marin sodomite au geyser provoqué par la sirène Scarlett Johansson), ou encore ont su oser évoquer ce groupement de scénaristes communistes au ban d'Hollywood (groupement évoquant la spoliation des scénaristes (c'est bien) mais un brin ridiculisé dans la foulée avec l'arrivée grandiloquente de ce sous-marin russe et la perte de l'attaché-case contenant une partie de la rançon - nos amis coco ayant kidnappé le gars Clooney, acteur à succès) mais le résultat final manque un peu de gnack. On balance constamment entre des moments un peu vachards (le producteur qui lamine Clooney, ce pauvre acteur de western incapable de dire son texte et devant le répéter quarante-sept fois – avant de le simplifier...) et surtout ce petit côté très bon enfant qui s'attache à montrer les turpitudes d'Hollywood sans que cela soit vraiment poussé ou drôle (les journalistes fouineuses, l'idylle montée de toutes pièces par les studios pour notre cow-boy, la façon de dissimuler les aventures de Scarlett...). On assiste à une suite de saynètes pas désagréables en soi, les Coen aimant à passer du 28ème figurant à la star, mais l'ensemble manque un peu de liant, de fil rouge, de sang...

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Alors oui, derrière ce portrait d'un producteur tout terrain, capable aussi bien de régler le kidnapping d'une de ses vedettes que les histoires intimes des réalisateurs (Christophe Lambert, méconnaissable - d'un autre côté, cela faisait longtemps que je ne l'avais pas croisé ; ne restent de l'homme d'antan que les sourcils...), on pourrait y voir un joli montage sur la « magie d'Hollywood » où, ce que l'on voit à l'écran, n'a pas grand-chose à voir avec la réalité de chacun (c'est un peu tarte à la crème, j'avoue), où il faut se battre constamment contre tous les aléas du sort pour qu'un petit bout de film puisse exister, où il faut constamment garder la foi (Clooney incapable de se souvenir de ce vocable dans une ultime scène face au Christ) pour pouvoir faire exister ce petit monde de toc, où il ne faut pas se voiler la face sur le fait qu'il s'agisse, avant tout, d'une bonne vieille industrie capitaliste... Autant de thèmes que les Coen tentent d'aborder avec une certaine classe, un certain brio dans la mise en scène... mais sans jamais que le spectacle qu'ils nous procurent semble vraiment nous concerner. De même, les acteurs cabotinent gentiment pour tenter d'amener une pointe d'humour, mais l'on ne se marre guère, et s’il est question d'une certaine face cachée d'Hollywood, elle n’est finalement traitée que très superficiellement. Au final une œuvre pas vraiment déplaisante (oh, c'est jouli tous ces décors et ces moyens – sauf les effets numériques qui bavent…) mais qui ne laisse pas vraiment de trace de son passage. Un Coen bien timide dans son aspect tranchant ou délirant.

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