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Ouille... A force de flirter avec le déjà-vu, de clamer partout sa baisse d'inspiration, de brandir sa dépression comme justification de la chute libre de la qualité de son cinéma, Kitano finit par oublier même ce qui restait de qualités dans ses films. Même dans les creux (en gros, toute sa production depuis 2005, à l'exclusion du précieux Achille et la Tortue), Takeshi a toujours su garder sa singularité, son ton, sa façon unique d'aborder le burlesque et de le mêler avec le film d'action. Que s'est-il passé alors pour que Ryuzo 7 soit à ce point raté, poussif et terne ? Je ne l'explique que par un trop plein de saké (certains gags sentent véritablement le coin de comptoir), un abus d'anxiolitiques (le rythme du film est comme hébété, figé) ou une démission définitive. En tout cas, voilà le film le plus gênant de son auteur depuis Getting any...

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Beat Takeshi tente de faire son Space Cowboys à lui, façon de parler en creux du temps qui passe, du bon vieux passé japonais et du vieillissement de son cinéma. Une bande de vieillards, tous anciens yakuzas, décide de se rassembler à nouveau et de repartir pour un dernier tour d'exactions, choisissant pour ennemis une bande de jeunes loups qui rançonne le quartier. D'un côté, donc, ces voyous nouvelle génération, qui utilisent des arnaques sophistiquées pour racketter les gugusses, de l'autre ces petits vieux tatoués et nostalgiques des codes d'honneur révolus, la friction entre les deux bandes étant sensée constituer le sel de cette comédie désuète. Malheureusement, dans l'écriture autant que dans la réalisation, le film ne trouve jamais le bon ton : strictement jamais drôle (Kitano sème des pets à tout va, dirige ses vieux acteurs vers la grimace grand-guignolesque, caricature allègrement chaque personnage, et on est malheureux pour lui), jamais tendu non plus (la partie "polar" est massacrée, et les pics de violence virtuoses habituelles du maître sont ici lissés pour plaire au plus grand nombre), il est à cheval sur les deux grandes inspirations du cinéaste (slapstick et mafia) et du coup passe à côté de tout. On compte véritablement les minutes en se demandant bien ce que les acteurs ont pu penser de ce non-scénario qui part dans tous les sens, ne va au bout d'aucune piste et se contente d'aligner des saynètes drolatiques maigrelettes. Au bout de 2 minutes, on cesse de rire devant les pitreries de ces vieillards qui se croient encore à la grande époque, et on s'afflige devant ces ombres de personnages : l'homme au pistolet qui tire toujours en l'air, le héros qui enlève sa veste à la moindre embrouille pour exhiber des tatouages qui ne font plus peur à personne, etc. A peine si on lève un sourcil devant les scènes finales, un poil mieux rythmées, où notre bande attaque la bande rivale en se protégeant derrière le cadavre de l'un d'eux, celui-ci prenant tous les coups à leur place (un gag assez subversif quand on y pense).

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On comprend bien que Kitano a voulu se livrer à une sorte d'auto-critique, pointant le vieillissement de son cinéma de yakuzas, enregistrant le passage du temps (il joue lui-même un petit rôle de conciliateur entre les deux générations de gangsters), ricanant devant son cinéma d'antan qui n'intéresse plus grand monde. Ryuzo 7 est après tout une nouvelle preuve du masochisme étrange de son auteur, qui le pousse à casser systématiquement ses jouets. Mais il a atteint ici un point qu'on craint être de non-retour, la limite de ce cinéma parodique et cynique, un peu geignard (on entend Kitano pleurer sa dépression à chaque plan) et vraiment bâclé qui devient une habitude chez lui. Bon, à voir si vous aimez les vieux qui pètent ; dans tous les autres cas, euh...