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On connaît mal en France le cinéma allemand de 1938 - comme s'il y avait une petite reluctance à cet endroit. C'est bien dommage parce que cette Urlaub auf Ehrenwort signé Ritter (un remake sera fait en 1955 par Wolfgang Leibeneiner - promis, vous n'y aurez pas droit cette fois) est un film assez virevoltant qui n'est pas dénué de qualité. Certes, j'en vois d'ici qui font la fine bouche en soulignant le "petit" côté propagandiste de la chose (l'action se passe en automne 1918 mais dès l'intro, les slogans pacifistes qui fleurissaient à l'époque sont critiqués - ça sent le boudin) ou encore l'indéniable aspect "l'Allemand, d'où qu'il vienne, quelles que soient ses convictions, est prêt à s'unir pour la défense de la patrie etc...". C'est de bonne guerre ou de pré-bonne guerre diraient certains. Au-delà de ça, il n'en demeure pas moins que l'œuvre recèle de multiples qualités : tout d'abord, il y a la présence d'Ingeborg Theek (pour son second et donc dernier film au cinoche - c'est pas rien) ; ensuite, l'Allemand est montré sous toutes les coutures (on a droit justement à des portraits riches et variés - du Teuton régionaliste au Teuton coco ou, justement, pacifiste) ; ajoutons encore que cette œuvre parvient à dénoncer une caricature ignoble de l'Allemand : non, il n'est pas toujours à l'heure. Enfin, la mise en scène et le final trépidant ne sont pas pour rien dans le plaisir que l'on prend à explorer ces multiples petites tranches de vie dans une ère troublée.

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Le pitch est simple : un lieutenant donne la permission à ses hommes - ils sont en transit à Berlin avant d'aller sur le front - d'avoir quelques heures de libres en ville ; seul impératif : être à 18 heures à la gare pour un départ à 18h30. Soixante-dix bonhommes sont donc lâchés dans la nature (alors que la fatigue de la guerre se fait douloureusement sentir), autant dire que notre lieutenant joue gros. Ritter décide de suivre une dizaine d'entre eux dans leurs retrouvailles ou leurs explorations berlinoises : il y a ceux qui vont voir la famille (un peu de schnaps avec les potes avant une petite après-midi coquine), ceux qui vont aux putes (un habitué reçu comme un roi dans une maison close : il donne au passage l'opportunité à un jeune soldat de se faire dépuceler - classique), ceux qui vont dans les bars rouges, ceux qui passent l'aprème à courir après leur dulcinée, ceux qui flirtent avec les idées pacifistes dans les bras d'une donzelle sophistiquée, ceux qu'on amène dans des musées et qui ne pensent qu'à boire de la bière (de lointains cousins germains) ou encore ceux qui attendent bêtement sur le quai d'une gare (notre jeune lieutenant) que leur donzelle (la Theek) vienne les surprendre... On passe en un éclair d'une situation à une autre et même s'il est beaucoup question de femmes (de la sensuelle entraîneuse qui prend gentiment par la main notre puceau jusqu'à la bonne mutter rigolarde en passant par de jeunes femmes légères ou tendrement amoureuses), les situations sont diverses : il y a ceux qui partent au septième ciel, ceux qui rigolent comme des pendus enivrés et ceux qui vivent un véritable cauchemar - ce pauvre jeune homme qui ne peut mettre la main sur sa petite midinette... Lorsque l'heure fatidique approche, la tension monte d'un cran. Si notre petit lieutenant a eu la chance de faire quelques pas de danse sur le quai au bras de la charmante Ingeborg – un instant de grâce dans un monde de bruts -, deux choses lui tordent le bide : l'incapacité à lui dire qu'il l'aime et l'appréhension du non-retour de certains hommes (sa hiérarchie l'a prévenu : il joue gros sur ce coup) - repartir à la guerre, finalement, c'est que du bonus pour l'Allemand (ben ouais). Certains jouent de malchance en tentant d’arriver à l'heure, d'autres ne cessent de se tâter. Ritter, dont la caméra semble tout du long toujours en mouvement, nous emballe un final sur les chapeaux de roue (genre folle poursuite). Une œuvre donc absolument emballante si l'on reste bienveillant sur l'aspect propagandiste incontournable de la chose. 

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