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On se doit de se faire chaque année notre cuvée Bacri. La 2015, fruitée par Leclerc, est dans la bonne moyenne du film bacrique. Soit donc un homme, paumé, solitaire, qui ne comprend pas grand-chose à ce qui se passe autour de lui (c'est pour ça qu'on l'aime, notre Jean-Pierre), qui râle mais, dorénavant, uniquement pour la forme (la sympathique séquence dans la station-service, lorsque la vendeuse refuse de vendre des brosses à dents...) et qui se fait tellement chier qu'il en est réduit à dialoguer avec son GPS. Un type un peu en bout de course, qui n'a jamais compris grand-chose à sa femme, qui ne s'est jamais vraiment intéressé à sa fille, qui ne s'est jamais vraiment entendu avec son père. Il se retrouve sur les routes de France (dans la région Auvergne, principalement, du nanan) à devoir vendre, à l'origine, des brosses à dents (mais il s'en branle) et il en profite pour faire un petit tour d'horizon de ses vieilles connaissances. Il a pour seul partenaire de route un bouquin : l'histoire d'un homme qui est devenu fou lors d'une transat autour du monde en solitaire. Bacri, en zone dépressive, s'enfonce de plus en plus dans l'œil du cyclone du désespoir. Mais un ultime rebondissement salvateur est toujours possible...

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Alors oui, l'intérêt principal des films bacriques c'est Bacri, on s'en doute, un type qu'on voit vieillir d'année en année mais qui garde tout son potentiel sympathie d'homme inadapté dans ce monde de merde. Le Bacri a une capacité indéniable à rater la plupart des choses qu'il entreprend (dès qu'un plan miraculeux se présente, il le foire... de l'escapade avec sa fille aux flirts éventuels), comme si ce monde lui échappait, se devait de lui échapper. Il n'emmerde cela dit personne en discutaillant avec son GPS et en livrant ses sombres pensées ; il n'est cependant jamais dans le bon timing, semble aveugle comme une canne blanche question feeling… Heureusement, notre homme demeure fondamentalement libre : les brosses à dents en poils de sanglier, il s'en carre, ce long périple, il le pressent, ne doit être qu'un prétexte pour remettre la main sur lui-même. Il découvre avec ahurissement la vie de son père et cette destinée-même ne sera pas sans influence sur la sienne - il ne veut plus passer à côté de certaines évidences, qu’il se dit, le gars. Il y a certes pas mal de séquences molles et inutiles (la parenthèse avec sa fille, brrrr...) mais quelques dialogues bien sentis éminemment bacrisés (et une chanson de marin bacrissime) permettent de nous garder jusqu'à la fin du voyage. Une ptite cuvée bacri classique.   (Shang - 20/04/16)

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Bah c'est nul, autant le dire, ou quasi (je compte dans les bons points la présence toujours sympathique effectivement de Bacri, désormais en roue totalement libre). Mon gars Shang a beau user de toutes les circonvolutions du monde pour ne pas le dire carrément, il n'arrive pas à dissimuler complètement la vérité : franchement que tirer de ce non-film transparent, pas signé, mal écrit, tellement rempli de pistes possibles qu'il ne mène aucune au bout, pas drôle, pas profond, moche, et qui ne sait rien faire d'autre que filmer des stars sans motivation ? Leclerc voudrait tirer la corde sensible avec cette histoire de marin rebelle, mais en même temps travailler sur un humour absurde (le gars qui parle à son GPS, mais bien sûr), dresser un portrait psychologique tout en finesse, et s'en tirer finalement avec une vision à la Paolo Coelho (genre "ne passe pas à côté de ta vie, car tu n'en as qu'une") ; résultat : c'est raté à chaque fois, quand ce n'est pas carrément douteux (la fin, qui tend à nous expliquer que l'homosexualité du père est héréditaire, ou en tout cas envisagée comme un héritage assumé). Le scénario est très très lourd dans sa volonté de faire d'un homme sans intérêt un petit héros moderne, et dans sa construction : flashs-back hétérogènes, incursions de saynètes déconnectées de l'intrigue (l'épisode Amalric, l'épisode avec sa fille), monologues pas naturels. Le tout souligné par les gros sabots de Delerm à la musique, qui nous trousse une de ces petites ritournelles tire-larmes à la con. Un film commercial français, quoi, l'horreur en quelque sorte.   (Gols - 06/05/16)

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