creed-tt-width-604-height-403-crop-0-bgcolor-000000-nozoom_default-1-lazyload-0

On s'envoie un petit Stallone en se disant qu'on va se manger un paquet de cacahuètes en se tapant un bon vieux film de boxe, et on se retrouve avec un film assez touchant malgré ses 8000 défauts, la magie d'Hollywood. Ryan Coogler, 30 ans, est surpris en pleine dévotion de son film de jeunesse, le mythique Rocky, et cet amour admiratif éclate à l'écran. C'est la principale qualité de la chose : son hommage, son admiration pour le modèle. Du coup, il n'essaye jamais de surpasser le (petit) maître : il en respecte gentiment tous les codes, tous les motifs attendus, ne rajoutant sa patte que de façon timide et modeste, et on sent derrière cette sorte de remake de longues heures à scruter ce qui faisait la beauté et la sensibilité du film d'Avildsen.

Creed

Le temps est passé depuis le premier film de 1976. Appolo Creed a été tué (dans le n°3, non ?), Rocky a pris des rides et s'est retiré des rings. Mais le fils de Creed, jeune black rebelle et légèrement délinquant, va vouloir reprendre le flambeau de son paternel : promis, il sera champion du monde, et pour ce faire il demande au vieux gars Rocky de l'entraîner à l'ancienne. Ça, c'est le pitch, vraiment plat. Mais c'est dans l'éxécution que le film est vraiment intéressant, dans son côté artisanal, très débranché des modes actuels de filmage. Le côté vintage de la chose (beaucoup de petits vieux à l'écran, Philadelphie filmée comme dans un vieux machin des 70's, lumières grises comprises) est complètement en phase avec cette mise en scène à l'ancienne : Coogler revendique un savoir-faire artisanal, sans esbroufe, concentré sur les personnages sur les rapports humains, beaucoup plus que sur les moments de gloire (deux combats de boxe en tout et pour tout). D'ailleurs, dans la seule séquence où le réalisateur décide de prendre les choses en main et de sortir du cahier des charges, il se vautre : une course à travers les quartiers pauvres de la ville où Creed est accompagné de tous les motards du coin, trop pyrotechnique, très mal menée, qui cherche le spectaculaire mais ne trouve que le ridicule. Coogler est bien meilleur quand il filme l'avachissement physique de Stallone, les petits clubs de boxe poussiéreux ou les rues pluvieuses de la ville. On se croirait parfois dans un vieux Lumet ou un vieux Frankenheimer, dans cette attention au climat, aux petites gens, aux minuscules choses de la vie. Jolies scènes d'amour notamment, entre Creed et une jeune chanteuse, déconnectées de la trame elle-même mais qui prennent tout leur temps pour exister. Il faut dire que Coogler a tiré le gros lot avec ce jeune acteur vraiment bon, Michael B.Jordan, lui aussi tout en modestie. Bien meilleur en tout cas que notre balourd de Sylvester, toujours aussi mauvais.

843355-creed

Bien sûr, on attend les scènes de boxe avec impatience, et là non plus Coogler ne déçoit pas : la première est la plus belle, filmée en plan long (plan-séquence ? pas bien regardé, j'étais pris dans le truc) avec une vraie virtuosité. Là aussi, comme souvent dans le ciné ricain récent, on se rend compte que le plan long peut avoir plus d'impact que le montage hystérique, et là ça fonctionne très bien : on a l'impression de pouvoir regarder la boxe dans son aspect technique. Le combat final, bien entendu, est là pour envoyer du steak, et Coogler se replie sur une mise en scène plus classique, très inspirée du premier film, mais réussit à rendre très bien l'atmosphère, la dramaturgie, les espoirs et les colères du combat. La plus belle scène, celle qui montre le plus de dévotion au mythe Rocky, est celle où Creed tente de reproduire les gestes de son père en projetant sur un mur le premier Rocky, en substituant son profil à celui de son paternel : un plan de mise en abîme qui fait se rejoindre la fiction et la réalité, excellente idée dans un plan très fugace. Un joli film doux et talentueux.

creed-jordan-stallone-xlarge