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Cinq scènes seulement réalisées par Renoir, c'est déjà pas si mal ; on entame donc avec bienveillance ce film commencé par le maître, interrompu pour de bêtes histoires de deuxième guerre mondiale, et terminé par le talentueux artisan qu'est Carl Koch. Le scénario suit sagement le texte de Victorien Sardou, avec beaucoup de piqûres de rappel en direction du tonitruant et suave opéra de Puccini, on sent qu'il y a là-dedans matière à se frotter les mains. Et le fait est : voilà un film qui, s'il manque un peu de personnalité, fait son job avec compétence. Tout est là pour faire cinéma : la ville de Rome, photographiée façon touriste énamouré lors des premières séquences renoiriennes ; la tragédie pure ; Michel Simon en félon ; de la gorette habitée (Imperio Argentina en Tosca, qui rappelle parfois l'héroïne de La Règle du Jeu) ; la belle musique ; un noir et blanc très très joli ; de la reconstitution  historique grand crin. On sent tout ce qui a pu emballer Renoir là-dedans : c'est du vrai scénario glamour destiné à donner du vrai bon spectacle.

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Le résultat ne part pas dans des hauteurs incroyables, mais on apprécie bien ce film ouvragé à l'ancienne, où tout est nickel, du petit raccord de costume au figurant du 14ème champ. Surtout, le film est empreint d'une majesté qui lui sied bien, sans jamais virer au grandiloquent, ce que la trame très mélodramatique et la musique operatique pouvaient induire. Il y a un certain souci de réalisme, non seulement historique mais psychologique, dans ces portraits de "révolutionnaires ordinaires", qui ne sont jamais bigger than life. C'est peut-être la marque de Visconti, assistant à la mise en scène, mais c'est aussi très certainement celle de Renoir, qui aime les petits détails qui font vrai. On aime par exemple la minutieuse description de l'évasion d'Angelotti et de sa cachette dans un puits ; le travail hyper précis sur le réalisme des sons, même quand ils sont pénibles (le bruit des marteaux sur l'enclume des faux ouvriers, destinés à emmerder le monde, et qui viennent polluer la musique de Puccini) ; et cette délicieuse scène où Scarpia se fait donner une leçon de dégustation de sorbet par la Reine. C'est dans ces mini-scènes pleines de réalisme que le film touche, même si elles ne lui font jamais renoncer à la majesté de certaines séquences (la mort de Tosca est magnifique de pureté, les scènes de torture de Cavaradossi sont très sobrement filmées). Les mouvements de caméra, qui caressent les immenses décors des palais de Rome, sont toujours eux aussi pleins de grandeur, et on sent que les réalisateurs ont misé beaucoup sur les décors (qui sont nombreux, contrairement à l'opéra), même ceux qui sont pratiquement vides (les scènes de début dans la grande église). Au sein de cet écrin de mise en scène très jolie, les acteurs sont très à l'aise, à commencer par Michel Simon, très sobre, qui ne charge jamais son personnage pourtant très salopard. Et puis il y a toujours en filigranne, ce regard très bienveillant sur les différentes classes de la société contraintes de vivre ensemble, la difficulté de les faire cohabiter, et la grande tendresse de Renoir sur les deux côtés du manche : les jeunes pauvres, révoltés et amoureux, et les riches déprimés et solitaires. Bref, on passe un fameux moment avec cette Tosca intelligente et aussi agréable à l'oeil qu'à l'oreille.

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