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On n'est pas dans les grands Boetticher avec Randolph Scott, non non, mais tout de même : voilà un bien beau western à la patine classique, dans lequel on reconnaît les tendances du bon Budd : mêler la grande Histoire américaine à un portrait tout en intimité, et infuser de la sensibilité au sein d'un genre considéré comme purement viril. Ça commence par de la fresque : on est en plein siège de Fort Alamo, avec les personnages historiques qu'on connaît depuis qu'on a vu l'ample film de John Wayne : Davy Crockett et Jim Bowie sont en train de plier sous les assauts des infâmes Mexicains, leur bastion vire à la ruine, et ça donne une ouverture assez tonitruante, toute en explosions sonores et en cow-boys tombant des hauteurs du fort avec des "argh" à fendre le coeur. Intéressant de voir, d'ailleurs, que Boetticher choisit un angle très différent de Wayne pour raconter les mêmes épisodes : son ouverture file à toute vitesse là où Wayne mettait toute une emphase dans les portraits de ces survivants. On voit bien que Boetticher s'intéresse à autre chose, et son film démarre presque où Alamo s'arrêtait : l'après-massacre. En l'occurrence, on va suivre un des survivants d'Alamo, John Stroud. Survivant il est car il a abandonné ses camarades de bataille pour aller défendre les familles de ces soldats restées seules. Un acte héroïque mais solitaire qui lui vaut la réputation de lâche et de déserteur. C'est une thématique classique du western : le gars que tout le monde prend pour un couard alors qu'il est héroïque, et sa façon de renverser l'opinion.

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La famille de Stroud a été décimée par des bandits américains déguisés en Mexicains, les enflures, et notre cow-boy solitaire va tout faire pour obtenir vengeance : entretenir sa réputation de félon, infiltrer la bande honnie et sauver par la même occasion le village qui l'a rejeté, tout en choppant la gorette qui le conchie : vaste entreprise que notre gars, je ne spoile rien, va accomplir en 75 minutes de western mené tambour battant. Boetticher, c'est sa marque, aime la vitesse : ses scènes d'action sont ramassées comme jamais. Ça caracole dans tous les sens, ça fighte sévère, les chevaux se roulent dans le sable sur des bandits grimaçants, c'est du spectacle classique mais très agréable. Mais surtout, Budd n'oublie jamais de faire exister ses personnages, ne sacrifie jamais la sensibilité au pur spectacle efficace. Le héros, porté par un Glenn Ford parfaitement tourmenté, est complexe, dans sa personnalité ambiguë et dans ses rapports avec ce fils putatif, mexicain, qu'il va protéger avec un anti-racisme qui fait plaisir à voir dans ce film qui repose sur le choc des civilisations. Certaines scènes sont très brutales, comme cette séquence de lynchage public, et rendues d'autant plus tendues qu'on aime ce personnage richement écrit. Boetticher, même s'il est bon dans les plans d'ensemble et dans l'action, aime les plans rapprochés, les rapports humains, et ça donne comme toujours à son cinéma une pâte humaine très attachante. Certes, le film est parfois expéditif dans son scénario (on comprend mal le retournement d'opinion publique, qui s'opère en deux secondes), mais The Man from the Alamo reste un joli moment plein de cow-boys sensibles.

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