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Minuscule film d'horreur un peu frileux, un peu bancal, un peu pas terrible, mais qui comporte au moins deux ou trois bons plans, ce qui est la panacée dans un film d'horreur récent, reconnaissons-le. Absentia repose sur une chouette idée, déjà, c'est-à-dire qu'on sort de l'orphelinat hanté parce qu'on y violait des enfants, ou ce genre de trucs surfaits : un homme a disparu sans laisser de traces il y a 7 ans, et le film commence quand sa femme, toujours un peu en attente de son retour, est contrainte de signer une reconnaissance de "mort par contumace" et de faire une croix sur les explications ; c'est le jour que choisit le gars pour réapparaître, prostré, terrorisé, amnésique, en état de choc. Où était-il pendant tout ce temps, qui l'a nourri, pourquoi n'arrive-t-il pas à parler ? Et surtout pourquoi regarde-t-il le tunnel voisin de façon torve ? D'un postulat de thriller, le film glisse lentement et sûrement vers une résolution à la Lovecraft, essaimant au passages quelques séquences horrifiques assez inventives et un mystère agréable à suivre.

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C'est que Flanagan ne fait pas systématiquement tout comme ses camarades de genre. Par exemple, il n'abuse pas des jump-scares soulignés par des notes aigues de violon. Lui préfère le silence, la lenteur, les motifs effrayants qui apparaissent sans aucune préparation, aucun effet. Le premier tiers, où l'héroïne est hantée par ce mari disparu, est assez flippante, avec ce fantôme triste et accusateur qui apparaît dans l'armoire, derrière une porte, dans le dos du voisin, sans rien qui l'ait préparé. On sent que tout peut arriver, et ça met un beau suspense dans la chose. De même pour cette belle scène qui montre un SDF dans le fameux tunnel : le simple fait qu'il ouvre les yeux vous glace le sang, sans qu'il soit nécessaire d'en faire plus. Comme le scénario est plein de surprises également, on passe une première moitié de film agréable, se laissant embarquer dans l'épaisseur du mystère, avide d'en savoir plus. On est bien conscient que le film est assez fauché (image affreuse, montage un peu à la hâche, acteurs au rabais, une façon de "cacher tout en suggérant" qui accuse un manque de budget pour la fabrication des monstres), mais on ferme les yeux là-dessus : c'est bien foutu.

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La fin du film n'est pas à la hauteur, c'est ballot. Comme beaucoup de réalisateurs d'horreur, Flanagan préfère faire monter le mystère que le résoudre, et du coup, on reste un peu sur sa faim. Sans dévoiler le truc, disons qu'on nous laisse dans notre interrogation en utilisant ce discours de petit malin : "il y a des choses parallèles auxquelles on ne comprendra jamais rien", un peu facile. Flanagan est bon pour distiller l'angoisse façon compte-gouttes, moins pour envoyer les grandes orgues, ce qu'il tente pourtant de faire dans une scène de pure horreur à base de monstres gluants et de corps suppliciés. Ça manque de nerfs, de gore, de terreur, et ça fait tomber le film dans un côté "fantaisy" un peu innocent. Si le film a les qualités d'un texte de Lovecraft, il en a aussi les défauts, par exemple celui de se défausser sous le prétexte d'un monde trop indicible pour qu'on se prenne la peine d'essayer de le décrire. Trop frileux dans la dernière ligne droite, Absentia donne au final l'impression d'un film malin mais à petits bras, pas assez travaillé dans sa trame et un peu inutile.