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Je ne peux pas vraiment prétendre être un spécialiste de bandes-dessinées, mais j'aime indéniablement l'univers de Tardi et son travail notamment sur Céline. A défaut d'avoir une adaptation de l'oeuvre inadaptable du maître célinien, on se contentera de cet Avril dont voici le fil : Napoléon V en cette année 1941 est au pouvoir et tous les savants ont une fâcheuse tendance depuis quelques années à disparaître - emprisonnés par le gouvernement ou embrigadés par une société secrète, ils n'ont pu mettre à jour la plupart des découvertes du XIXème et du XXème. Leur effort semble se concentrer autour de la recherche d'un fluide d'éternité... On suit la famille Franklin dans ce Paris du XXème bouffé par le charbon et notamment de la dernière descendante du nom : le père et la mère ont été enlevées et le papy (Jean Rochefort - guère plus truculent que le reste du casting sous troxène) se terre dans Paris. La chtite est donc seule avec son chat (qui parle) tentant à son tour de mettre au point ce fameux fluide... mais la bougresse est surveillée de près.

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On se frotte les mains, dès le départ, devant cet univers très noir, ces scènes nocturnes joliment éclairées, ce monde un brin étouffant - les traits de Tardi, les caractéristiques de son style, sont indéniablement reconnaissables entre tous. On se frotte les mains mais pas longtemps, déjà parce qu'il fait chaud et qu'elles sont moites, mais aussi parce que le scénario ne tarde pas à devenir terriblement plan-plan - des personnages atones, sans grand relief, peu d'humour et un scénar qui se traîne. On remarque ici ou là quelques clins d'oeil au maître Miyazaki (du chat parlant aux vaisseaux bizarres), oui pourquoi pas, mais les paupières tombent à mesure que le film progresse poussivement... Le final avec des varans géants parlants et le pseudo-discours écolo qui l'accompagne (je fais l'impasse sur toute notion de féminisme, cette fois-ci, marre d'avoir Pécresse sur le dos) n'est guère plus passionnant. Avril, mais, j'ai envie de dire.   (Shang - 28/03/16)

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Oh mais quel grincheux quand il s'y met, le Shang, pris ici en flagrant délit d'esthétisme disneyo-pixaresque de base, et infoutu d'apprécier le style lent, les dessins minutieux et la patte indéniablement française de ce joli dessin animé pour adultes. Je me dresse donc devant cette incompréhension, en clamant haut et fort que voilà un très beau film, peut-être pas nickel au niveau de l'animation (des mouvements parfois un peu bizarres) mais bien satisfaisant à tous les autres postes, scénario, doublage, esthétique, et surtout réalisation. Il y a dans cette dystopie quelque chose de très ambitieux, que les réalisateurs honorent pleinement : les savants ayant été enlevés un par un, le progrès n'a pas pu avoir lieu, et toutes les innovations techniques ont été laissées en plan. L'univers de Avril garde des traces de ces possibles évolutions, mais montre comment le progrès, s'il est freiné, peut devenir un cauchemar : non seulement les transports, l'habitat, la mode semblent toujours ancrés dans un XIXème siècle suranné, avec ça et là des traces de Jules Verne tout de même, mais les moeurs elles-mêmes semblent figées, bloquées sur des notions très vintage. Le talent de Tardi peut s'épanouir complètement dans cet univers à la fois démodé et futuriste, qui emprunte à la SF de base et au visuel vintage. L'atmosphère néo-punk du film rappelle les grandes heures de la BD futuriste à la Metal Hurlant, mais la poésie des dialogues et des personnages est plutôt ancré dans un style à la Prévert : c'est ce hiatus qui fait toute la beauté de ce dessin animé. Les réalisateurs rivalisent d'inventions, toutes crédibles, pour exprimer cet arrêt du temps, ce "vrillement "de l'Histoire : ma préférence va à cet aerostat complètement borgnole, qui fonctionne au charbon, qui grince sa mère, mais la vision de Paris, à cheval entre imagerie rétro (les flics à moustache) et vision apocalyptique (les deux Tour Eiffel comme les deux lunes ?) est vraiment impressionnante.

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Au sein de cet univers assez génial conçu méticuleusement par Ekinci et Desmares, où l'on est sans cesse happé par le sens du détail, la drôlerie des images, l'invention folle de ces "drôles de machines" bancales et cabossées, la famille d'Avril fait figure de novatrice : la voix de Rochefort, chaleureuse, fait beaucoup pour densifier son personnage, mais les autres ne sont pas en reste. Beaucoup aimé en particulier la voix du chat, doublée par Katerine, qui apporte un flegme irrésistible à son personnage. Oui, c'est nonchalant, c'est lent, mais on apprécie de trouver ces rythmes posés, cette façon de dessiner tranquillement son histoire, cette absence d'hystérie dans un film pourtant assez trépidant. La dernière demi-heure, c'est exact, est ratée, tombant trop dans la surenchère et l'hystérie, avec ces lézards pas terribles et ce message flower-power un brin ringard. Mais avent ça, on aura assisté à une vraie splendeur, et à un film qui sait être tout à fait personnel et suivre son bout de chemin. Je soupçonne la fille de Shang d'avoir rédigé la note ci-dessus...   (Gols - 22/11/17)

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