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Retour sur un de ces films qui enchanta ma jeunesse folle, histoire de voir si les neiges d'antan sont trouvables. Eh bien oui : on retrouve avec plaisir le cinéma « originel » de Ouedraogo, qui n'a pas pris une ride avec les ans. Et comment en prendre quand on fait un cinéma aussi pur, aussi confiant dans la magie, aussi direct ? Ouedraogo a étudié en Europe, a vu les grands films américains, et puis est revenu dans son village pour tenter de mêler cette modernité-là à la tradition burkinabaise. Il y parvient complètement : ce cinéma des origines a quelque chose de naïf, certes, mais aussi quelque chose d'enfantin dans le bon sens du terme. Le cinéaste y découvre le cinéma en direct devant nos yeux, ce qui a quelque chose de profondément émouvant.

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C'est un scénario relativement classique pour un film africain : éternelle dualité entre ville corrompue et dangereuse et campagne idyllique et joyeuse, combat des traditions contre la modernité, fable morale, on est en terrain connu. Samba revient de la ville en fuite, après avoir braqué une station-service, et retrouve son village tranquille, son pote fêtard, ses parents aimants et une jolie gorette qu'il va s'empresser d'épouser. Tout irait bien si la menace de l'arrestation ne pesait sur ses épaules. Peu à peu le village se pose des questions sur sa fortune inexpliquée, sa violence brusque et ses insomnies, et la ville vient faire des incursions de plus en plus fréquentes dans cette existence paisible, comme la menace d'un châtiment pour les actes passés. Habilement ambigu, le personnage de Samba arrivera-t-il à échapper à la prison ? Et le veut-on vraiment, partagés qu'on est entre la sympathique inconscience de ce gars et ses inquiétantes brusqueries, entre sa lâcheté et sa générosité ? Le scénario est très simple, linéaire, Ouedraogo raconte droit et net, et on voit bien où tout ça va mener. Pas vraiment de surprises de ce côté-là, même si, dans les détails, l'histoire révèle quelques chemins de traverse agréables, notamment dans les moments de pause : des dialogues entre Samba et son fils adoptif, un mariage filmé presque comme un documentaire, des instants de contemplation énamourée de la campagne. Ouedraogo aime de toute évidence la petite communauté qu'il a choisie de filmer, et ne se prive pas de simplement enregistrer le temps qui passe doucement, les moments de joie tout simples, les traditions de cette ruralité mythifiée.

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C'est justement ce mélange qui convainc : c'est un film typiquement africain, et typiquement « rural » pourrait-on dire, mais dans lequel les influences de Scorsese, de Jarmusch ou des grands westerns américains se font entendre très souvent. Ouedraogo privilégie le plan large, cadrant les paysages, accentuant les profondeurs de champ, et aimant plus souvent qu'à son tour placer dans son écran des grands mouvements de chevaux (ou de bicyclette), des déplacements de nombreux figurants, etc. Le travelling, le panoramique, le plan long, tout constitue une sorte de grammaire du cinéma « de territoire » qu'on sent influencé par les classiques hollywoodiens, et cette histoire de rédemption morale, de traque de braqueur et de gars poursuivi par la culpabilité évoque le film noir contemporain. Dans la trame il y a des éléments westerniens, dans les détails aussi ; la dramaturgie de la chose, classiquement écrite, est elle aussi typiquement issue des films de genre ; et on apprécie vraiment de voir une telle contemporanéité dans un film pourtant respectueux de la tradition de son pays. Samba Traore amène Hollywood au Burkina sans rien trahir de son identité, c'est remarquable : voilà un film prenant, plein de suspense, de joie et de simplicité, moderne et stylisé. La classe.

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