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Voici sans aucun doute le film le plus déjanté de 2015. Et le plus halluciné. Et hallucinant ? Ah voilà, c'est là qu'on commencerait à faire une légère moue même si l'on adore l'univers poético-bordélique de Maddin. Esthétiquement, ça envoie... Après, narrativement, cela envoie tellement dans tous les sens qu'on n'est pas à l'abri de décrocher (j'ai eu une petite panne avec "cette histoire dans le pelvis" à l'heure de jeu, avant de reprendre le combat face à ces historiettes déglinguées) ; bon déjà, faut revenir aux principes de base, au concept de la chose : on réunit des acteurs pendant une journée, on attaque avec des séances de mysticisme, puis l'on essaie de recréer des "films perdus" (en se basant éventuellement sur de grands noms du cinoche comme Hitch, Borzage ou Murnau). On ajoute à cela une petite touche vintage (des années 20 aux années 40 en gros), on flirte méchamment avec l'esprit série B (un sous-marin en maquette perdu au fond d'un aquarium, un voleur de poulpe, des bananes qui parlent, une vierge sacrifiée à un volcan...), on s'amuse au niveau du montage (rêve dans le rêve, récit dans le récit dans le récit...), on prend certains acteurs pour interpréter plusieurs rôles et on obtient une chose sans aucun doute un peu plus "cradingue" que Carol. C'est déroutant, on ne peut pas reprocher sur ce coup à Maddin son manque d'imagination, d'ambition, de folie furieuse... Si déjà par le passé, on pouvait parfois un peu perdre pied face à son univers, là on est pendant deux heures sur un tapis roulant sans pouvoir s'accrocher à quoi que soit - si ce n'est en tentant de serrer des dents le sol même qui se défile sous nos pieds : pas facile facile.

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Qu'en reste-t-il ? A peine fini, on aurait presque envie de le revoir comme si après cette découverte brute, brutale, on ressentait déjà la nécessité de se refaire une vision en laissant cette fois-ci totalement aller son cerveau... De cette première séance, on retient des bribes de récit même si l’essentiel est ailleurs : un sous-marin en difficulté - le spectateur sera lui aussi quasiment en apnée pendant deux heures ; un bûcheron (capable de pénétrer dans le sous-marin en venant d'on ne sait où : ce sera la première des 412 énigmes à résoudre) à la recherche de sa douce retenue dans une grotte par les Loups Rouges ; un homme obsédé par les fesses (ou disons le "derrière" - en français dans le texte) devant se faire lobotomiser plusieurs fois, ce qui donnera lieu à un ptit clip très entraînant... On tente au départ de suivre le fil mais rapidement, à mesure que les histoires s'enchâssent les unes dans les autres, on lâche la rampe : on retient ensuite plus des flashes d'histoire qu’autre chose - des situations grotesques (Amalric offrant un sanglier et un chihuahua empaillés à Amira Casar : bien sûr), des univers sortis d'un autre âge (ce moulin très frankensteinien et cette maison où Jacques Nolot joue au jardinier menotté (!)), des récits burlesques (cet homme à la moustache, mort, revenant sans cesse dans sa demeure pour saluer les siens), fantastico-romantiques (la femme qui s'est cassée les os ou l'homme à la tête de Janus...). Bref, ça fuse, jusqu'à un feu d'artifice pour le coup spectaculaire avec la lecture de ce livre des apothéoses et toutes ces fins de récit (baisers, morts accidentelles, explosions...) qui s'enquillent les unes aux autres... A côté, Inland Empire de Lynch, c’est, niveau complexité, petit Ours brun. Maddin fait péter le champagne cinématographique en visant bien le regard du spectateur avec le bouchon : c'est féérique, référentiel, drolatique, foutraque... Il y a de quoi y faire son marché, avec le danger, tout de même, pour les moins expérimentateurs, de repartir avec le cabas vide - à force de ne faire aucune concession sur une quelconque "logique narrative" (la "logique créative", elle, c'est du beurre, grâce notamment à un montage bluffant et des effets spéciaux somptueux), Maddin peut finir par nous noyer. Une des œuvres les plus "ultimes" de son maître, pas forcément la plus poétique ou la plus séduisante. A chacun en tout cas de vouloir se perdre (ou pas) dans cette dark room où sur les quatre murs, on retrouve des projections directement issues du cerveau maddinien : une douce folie cinématographique, un monde fantasmagorique à part.

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Mad of Maddin, here