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Soloviov (avec l'aide de Nishimura dont je ne sais le rôle précis joué ici au niveau de la réalisation) est définitivement un auteur russe de grande classe. Il y a chez ces Russes, des choses qui me semblent constamment proches (une relation "intime" avec le passé, une sorte de nostalgie, si l'on veut, pour reprendre un terme tarkovskien...) alors même que leurs récits gardent un ancrage très fort dans leur propre culture (au niveau littéraire, musical et pictural) et leur histoire (ici l'ombre de la seconde guerre mondiale qui joua un rôle primordial dans la "constitution" de la famille du héros). Cela paraît un peu banal, pour ne pas dire évident de dire cela, mais cela est d'autant plus intéressant ici qu'il s'agit d'une histoire d'amour entre un chef d'orchestre russe et une pianiste japonaise : entre ces deux-là, la magie amoureuse semble être évidente, la volonté de découvrir le pays de l'autre une nécessité... et pourtant une lourde question reste en suspend : leur histoire d'amour pourra-t-elle véritablement être possible ? Certes, il y a quelques "petits" obstacles (elle est notamment déjà mariée) mais au-delà de ça, on a constamment l'impression qu'ils sont plus "faits" pour se remémorer à l'infini les instants précieux qu'ils ont vécus ensemble que pour construire ensemble un avenir. Si proche, si loin... comme si une certaine nostalgie, une certaine tristesse, une certaine retenue devaient prévaloir à la célébration de ce véritable amour. Une œuvre toute en finesse et en pudeur.

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Littéraire, disais-je, parce que le film demeure très écrit, laissant une place importante aux voix off (les sentiments passant plus par les notes (de musique) que par les mots (qui sont plus faciles à exprimer en commentaires (comme si l'on lisait une sorte de journal intime) que de vive voix). Musicale, l'oeuvre l'est par voie de conséquence, la magnifique bande originale jouant un rôle prépondérant dans l'histoire. Picturale enfin, que l'on évoque le tableau de la Nippone réalisé par le frère du héros ou tout simplement la simple cinématographie du film : qu'il s'agisse de filmer les villes et les paysages (russes et japonais) ou de cadrer les personnages en gros plans (bien jolie, ma foi, cette Nippone, au visage à la fois lisse et extrêmement expressif (comme baigné dans une sorte tristesse)). Esthétiquement, c'est en tout cas d'une grande classe.

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L'équilibre savant du film tient dans cette capacité à faire ressentir à la fois la force de ces émotions intimes tout en respectant la grande pudeur des deux personnages principaux - ils s'aiment, c'est une évidence, mais peinent à se l'avouer  : comme s'ils ne pouvaient, l'un comme l'autre, prendre la responsabilité de s'engager dans le futur. Du coup, même lorsqu'ils sont ensemble, ils ont du mal à exprimer pleinement leurs sentiments, comme si ce présent était déjà teinté du voile du souvenir (je sais, c’est un peu retors). L'intelligente construction du film qui n'a de cesse d'insérer des flashs-back dans le présent narratif renforce cette impression d'une histoire qui "se joue au passé" sans aucun espoir d'avenir - tout en parvenant à faire ressentir la beauté et la grandeur de cet amour, de la complicité (bien souvent) muette qui se noue entre les deux amants. Le film garde tout du long cette "fine pellicule de nostalgie" et c'est ce qui lui donne (à mes yeux, ou disons un et demi) toute sa force émotive, toute sa patine. Un amour nippo-russe subtilement ciselé qui donne décidément envie d'explorer plus avant l'oeuvre du gars Soloviov.

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