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Voilà un film relativement audacieux, au moins sur le papier, de l'ami Bolognini - No 48 chez Barilla. On commence doucettement avec les rapports à la limite limite de l'inceste entre la belle bergmanienne Ingrid Thulin et son tout jeune enfant unique. Dès le lever, entre la veuve et le gamin, ce sont des petits baci sur la bouche, c'est tout mimi, tout câlin, mais limite quand même. Il n'y a bien sûr rien de mal dans l'histoire (in the sixties, tout restait pur...), si ce n'est qu'on sent le gamin totalement collé pour ne pas dire littéralement amoureux de sa mama - y'a plus d'Oedipe dans l'air que de la rumba pour être clair. Notre petit couple (elle en petit short à se damner, lui on s'en fout) se balade dans les petites ruelles vénitiennes main dans la main sous le regard un brin plongeant de mâles ritals (ce micro short attire l’œil, c’est indiscutable). Un été pur entre une jeune maman insouciante et son petit nenfant tout innocent ? Non, on ne va heureusement pas en rester là. L’Ingrid va rapidement croiser un beau jeune spécimen (John Saxon, qui n'a pas envie de ne jouer que du sax avec elle) ; le gamin se rend bien compte, il n’est pas aveugle, qu'il est un peu sur la touche... Il est grand temps pour lui de prendre un peu la clé des champs, de sortir du petit monde calfeutré des palaces et de faire connaissances avec les jeunes ragazzi moins fortunés des plages adjacentes... Il se fait évidemment chambrer avec ses petits habits proprets et son innocence sexuelle à la ramasse... L’initiation est en marche : Il y a d'abord les corps à corps avec les ados, puis l'évocation d'une jeune fille qui pour quelques lires vend son cœur – c’est un euphémisme - (les yeux du gamins se décillent peu à peu...) puis d'un adulte, bien gentil au demeurant, qui lui fait des propositions plus que litigieuses... Ça sent le soufre.

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Ça sent le soufre mais on ne le respirera jamais vraiment. Bolognini évite de tomber à un quelconque moment dans le scabreux, sachant toujours désamorcer les situations les plus potentiellement graveleuses : quand le jeune amant de la mama se fait de plus en plus pressant à quelques mètres du gamin, la mère botte en touche (later), quand l'adulte fait bien comprendre au gamin qu'il y aurait possibilité de, le gamin balance une poésie (ben ouais) qui laisse pantois notre homme (deuxième touche près des 22), enfin quand le gamin a la possibilité d'aller voir enfin cette jeune fille qui fait tout ce que tu veux pour 3000 lires, là encore Bolognini saura trouver une petite astuce pour ne pas tomber dans le scandaleux gratuit. Ce n'est d'ailleurs pas du tout le but du jeu et c'est ce qui fait tout le charme de cette œuvre toute en finesse : il s'agit avant tout de l'éducation d'un gamin (éducation qui passe plus par les mots que par le corps) hors des jupons de sa mama ; il y a le petit côté brut de pomme des ados "des rues", il y a la découverte de la "chose sexuelle" hors des mamours de maman, il y a l'émancipation de notre petit homme qui ne tombera jamais dans les ornières de la perversité - il a encore tout le temps pour cela, on est d'accord, on est encore à l'âge des "éventuelles possibilités"... les conneries viendront bien assez tôt.

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Le film sait passer allègrement du coté Palacio à l'aspect plus "sauvageon" avec en toile de fond les rues romantiques de Venise ou les plages à l'écart de cette bonne vieille ville continuellement entre deux eaux. Notre petit homme suit son petit bonhomme de chemin, bravement, en ayant parfois un peu de mal à se faire au côté plus "rugueux" de l'existence, lui le petit protégé de sa maman. Celle-ci, la Thulin, a dès la scène d'ouverture toute la grâce du monde et incarne à la perfection celle qui veille sur sa progéniture sans se refuser une aventure (le premier homme qui la branche gagne le gros lot - bien joué ; je sais pas si j'aurais eu autant de succès avec mon simple scooter : déjà le gamin serait tombé dès le départ et cela changeait l'histoire). Un récit initiatique qui n'a pas froid aux yeux mais qui sait tout du long gentiment contourner toute scène bêtement tendancieuse : du tact et du goût chez ce cinéaste éminemment pudique et finaud. J'en reprendrai volontiers une louche à l'occase, de Bolognini.

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