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Kore-Eda est-il le plus digne héritier d'Ozu ? Vous allez me dire que je m'emballe et c'est vrai je m'emballe : on n’est pas à la hauteur du maître. Mais tout de même, on retrouve chez K-EH, ce tact, cette pudeur, cette indéniable capacité à décrire des histoires familiales par petites touches ; il s'agit donc ici de l'histoire de trois sœurs qui vivent sous le même toit et qui décident d'accueillir parmi elles leur demi-sœur de quinze ans. Pratiquement tout est dit, il ne sera ensuite question que de la complicité qui se noue entre elles, de micro-déchirements qui ne durent que l'espace d'un instant et de deuils qui rythment leur vie.

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Il est en effet souvent question de morts, de disparition mais sans jamais que cela donne lieu à de véritables crises de larmes, à des cris vers le ciel. Au Japon, monsieur, on sait rester dignes. Il n’y a d'ailleurs, tout du long du film, que très peu de drames, si ce n'est cette légère friction entre la mère et la soeur aîné : un petit épisode speed, une explication entre deux fortes personnalités qui sauront, le temps venu, faire la part des choses. L'essentiel du film est, d'ailleurs, au-delà de ces épisodes où l'on se vêt courtoisement de noir (en restant ultra smart) d'une luminosité total, à l'image du visage de ces quatre soeurs (Haruka Ayase, l'aînée, et la chtite de 15 ans, Suzu Hirose, en particulier) : leur visage fait penser à une mer d'huile qui frémit à peine sous les battements de cils - leurs traits sont tellement purs qu'ils semble d’ailleurs parfois plus tenir de l'estampe que de l'être de chair (Ça y est, il est retombé dans le pot gluant de la pseudo poésie)... Cela participe indéniablement au charme de cette histoire qui, si elle demeure relativement avare en rebondissements, sait jouer avec finesse des liens de parenté ; si le fil intergénérationnel semble un brin brisé (par les disparitions mais aussi par les tensions : l'ainée critiquant son père qui les a abandonnées, se prenant le bec avec sa mère ; la chtite ne se gênant point pour se lâcher sur sa mère), ces personnes partagent qu’ils le veuillent ou non des traits de personnalité. Il est forcément difficile d'admettre ces ressemblances, ma bonne dame, lorsqu’on a du mal s'entendre avec cette personne... Kore-Eda sait nous révéler avec parcimonie ces liens invisibles qui, malgré eux/elles, relient les un(e)s avec les autres.

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Au-delà de cette finesse dans l'analyse psychologique, il est question de bouffe, d'amourettes, de vie professionnelle, de cerisiers en fleurs et d'alcool de prunes (l'essentiel, quoi). Rien de bien spectaculaire en soi, il faut bien le reconnaître, mais on se surprend plus d'une fois à sourire béatement devant les silhouettes de ces quatre femmes allant leur petit bonhomme de chemin sur un sentier, sur une plage, devant leurs petites attentions les unes envers les autres, devant leur douceur. Dit ainsi, cela pourrait presque paraître un peu niaiseux - cela ne l'est jamais : Kore-Eda trouve à chaque fois la bonne distance pour filmer les petites émotions de ses héroïnes sans jamais tomber dans le pathos à deux balles ou dans l'angélisme bêta. On suit ces petites mésaventures au quotidien en étant totalement absorbé par les éclats de vie de cette maisonnée, par la vivacité et le réalisme de cette peinture simple et banal... mais finalement essentiel. Un Kore-Eda de grande classe pour traiter d'un sujet trivial. Joliment touchant et juste.        

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