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Des histoires d'amour se font et se défont juste à l'entrée de l'infernal "paradis" du quartier rouge des bordels. Kawashima maîtrise à la perfection les différentes lignes narratives de son récit : à l'origine, un jeune couple (la beauté placide Tsutae (Michiyo Aratama) et le jeune chien fou fatigué Yoshiji (Tatsuya Mihashi)) est à bout de course financièrement. Tsutae se dirige vers le quartier chaud (dont on devine que Yoshiji l'a sortie il y a quelques années de là) : plutôt que d'aller directos vendre son corps, elle entame une carrière de serveuse dans un bar à l'orée des maisons closes. Son petit mecton, guère motivé, finit tout de même par accepter un job comme livreur de nouilles (il y a plus consistant sur un CV, mais c'est mieux que rien... Il met au moins la main à la pâte - c'est la journée du rire). Tsutae, que l'on découvre pas forcément vénale mais aimant bien son confort et son apparence (…), ne tarde pas à flasher sur un riche client qui lui promet un petit appart... Entre la fidélité à un type pauvre et les biffetons d'un commerçant fantasque, son coeur ne balance guère : quitte à recommencer à zéro, tente-t-elle de se persuader, autant le faire avec du fric... Son copain, un brin fainéant, va-t-il vite lâcher l'affaire ou son copain, un brin jaloux, risque-t-il de commettre le pire ?... On sent plus venir a priori la tragédie et le final noir qu'un happy end romantique. Mais on peut toujours se gourer.

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Parallèlement à leur histoire qui bat de l'aile (si Tsutae s'accroche à son commerçant, une jeune fille toute mimi (qui bosse dans le restaurant de nouilles) n'a d'yeux que pour Yoshiji : elle risque d'avoir aussi son rôle à jouer), on découvre le passé de la tenancière du bar où Tsutae bosse (le mari de la boss l'a quittée pour une très jeune fille des quartiers chauds... depuis elle attend, s'occupant de ses deux gosses, un impossible retour) ou encore la dévotion d'un jeune client pour une jeune provinciale rencontrée dans un bordel : pour que cette dernière reste pure, il la sort tous les soirs... quitte à liquider toutes ses économies. Des hommes jaloux, des hommes lâches, des hommes incorrigibles (une de perdue dans la douleur, une de retrouvée dans l'éternel espoir de... Ah, les mâles...), des hommes qui passent, maman, des femmes dociles, des femmes fidèles, des femmes naïves... Et l'amour dans tout ça ? Il va, il vient, c'est évident, mais il existe bel et bien. Kawashima est loin d'être un cynique revenu de tout et c'est tout à son honneur - le tragique n'est pas forcément là où on l'attend, le romantisme non plus...

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Ce qui est particulièrement bien vu dans cette œuvre c'est la proximité de ces bordels (comme endroit de perdition totale) et ce sentiment tout du long qu'on se trouve dans une sorte de purgatoire amoureux : chacun a l'occasion de faire encore un choix, pour ne pas dire une erreur, mais il faudra rapidement corriger le tir pour ne pas sombrer du mauvais côté de la Corse (oui, humour du jour, bonjour). On sent que chacun est sur la corde raide (Tsutae qui se donne des grands airs de dame qui ne lui correspondent guère, Yoshiji qui erre dans les rues pluvieuses des bas quartiers ou dans le cagnard des quartiers commerçants jusqu'à épuisement pour retrouver sa belle (on ne donne pas cher de lui, mais les a priori c'est mal), la tenancière qui semble solide comme un roc, expérimentée mais qui risque de fondre bêtement dès que son couillon de mari sera de retour...) et cette petite tension est palpable de bout en bout. Le travail sur le cadre et au niveau du montage est d'une belle rigueur (difficile d'être plus spécifique...) et l'on se coule avec plaisirs dans les entrelacs de ces récits qui s'enchevêtrent... La jalousie plus forte que tout ou est-ce l'amour ? Pour résoudre cette question cruciale, dégustez cette oeuvre de ce Kawashima (ces nippons te sortent de derrière les fagots des cinéastes de talents à la volée) bien goûtue malgré les ombres qui planent sur le destin de chacun des personnages à la lisière de la misère...   

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