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A l'heure où l'on enterre l'une des grandes figures de la Nouvelle Vague, il est bon d'exhumer l'un de ces seconds couteaux de l'ombre. Dois-je l'avouer ? Allez, je l'avoue, je n'avais vu jusqu'alors aucun film du gars Guy Gilles. Je commençai donc mon exploration avec Au Pan Coupé et bien m'en a pris tant cette œuvre singulière a gardé encore toute sa saveur et sa fraîcheur. Dès le départ, on est cueilli par ces cadres... coupés, par ce montage heurté, par ces plans fixes qui font penser à un livre de photographie joliment animé. Il sera d'ailleurs question, au court du récit, d'un album du début du siècle (composé de photos et de cartes postales) que les deux acteurs principaux tenteront de faire revivre : comme une sorte de mise en abyme de leur propre histoire amoureuse (courte et tragique) dont l'héroïne principale (Macha Méril avec, déjà, sa fameuse coupe Playmobil mais délicieusement jeune et vivante) tente de remonter le fil. Une histoire d'amour de prime jeunesse entre une jeune femme pleine de joie de vivre et un garçon plutôt taiseux. Mais au-delà de ce montage très découpé, savamment agencé, ce qui donne vraiment le ton du film ce sont ces mots, joués de façon bressonnienne par les acteurs, ces phrases simples, souvent répétitives, qui ne sont pas sans faire penser à l'écriture durassienne (La Margot, qui, apparemment, adora cette oeuvre - rien de vraiment surprenant au demeurant).

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L'héroïne, donc, la Macha, remonte le fil de leur liaison : l'on assiste aux discussions de ce couple très jeune qui échangent avec le sérieux des adultes et aux quelques jours de vacances ensoleillés de nos tourtereaux (tout à leurs jeux d'amoureux, plein de gaieté et de candeur - la caméra se met d'ailleurs soudainement à avoir des ailes le temps d'une petite course entre les deux amants) avant que le ciel ne s'obscurcisse : le jeune homme (Patrick Jouané, qui accompagnera le Gilles tout au long de sa filmo), va en effet sombrer dans des périodes où il va se la jouer de plus en plus solitaires, comme une sorte de prémices à leur séparation (dès le départ de film, on est informé du destin tragique du Patrick, beatnik, puis SD, puis F, le pauvre jeune homme étant retrouvé mort dans la cour d'un jardin). La Macha, toute à sa peine après le départ du jeune homme (sans savoir d'ailleurs que le pauvre gars est mort), tente de faire revivre le visage de cette homme, son envie de liberté, ses révoltes (fuck la thune et fuck le travail - on est en 68, certes, mais cela demeure douloureusement d'actualité, n'en déplaise aux plus réacs), son fatalisme. Un sujet qui pourrait paraître grave, pour ne pas dire terriblement ennuyeux : eh bien il n'en est rien, tant il se dégage de ces vignettes collées bout à bout une réelle énergie, une fraîcheur aussi limpide et pur que le regard bleu cendré de la sublime icône Macha (on oublie aisément que ce genre d'acteurs fut jeune un jour, un peu comme s'ils eurent, à l'image d'un Charles Vanel, soixante ans tout au long de leur carrière). Au Pan coupé, un film épatant, dont les plans slamés (on dirait du Gols) vous coupe le sifflet.

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