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Voilà un film ukrainien âpre pour ne pas dire sans concession : une histoire de sourds et muets non sous-titrée (ah oui ça calme - le vrai challenge eût été de faire une version radiophonique mais c'est peut-être aller un peu trop loin). Aucun personnage parlant donc dans ce film qui nous permet de suivre l'histoire d'un jeune garçon qui rentre dans une école ainsi que ses différentes mésaventures... Je ne sais pas quelle image vous avez de l'étudiant ukrainien sourd et muet mais je peux vous dire d'ores et déjà qu'elle est fausse : deux jeunes filles s'habillent hot pour sortir ? Un petit tour en boîte pour profiter de l'ambiance (visuelle) ? Ah non, elles vont pomper des routiers ; les jeunes sortent en bande le soir à la bonne franquette ? Ah ben non, ils tabassent le premier gars qui s'aventurent dehors avec des sacs chargés d'alcool. Un jeune vend des conneries en peluche dans un train pour se faire deux francs six sous ? Oh, l'enculé fouille dans les wagons ou se met à tabasser un type à mort pour lui piquer son pognon... Le sourd est plus sournois qu'on ne le pense...

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Des histoires de cul traitées frontalement (je pensais qu'il faisait froid en Ukraine, cela n'a l'air de gêner personne quand il s'agit de faire un soixante-neuf à même le sol), des histoires de thunes méchamment glauques (notre héros mange à tous les râteliers, prêt à tout pour encaisser quelques billets), des violences répétées entre camarades, un accident tragique bêtâ (le problème du sourd c'est qu'il ne sait jamais ce qui arrive dans son dos... pas plus un hippopotame qu'un semi-remorque), un avortement filmé "à la roumaine" (une séquence sordide montrée dans sa longueur), bref, si on a parfois du mal à comprendre les "propos échangés", on voit bien qu'être sourd et muet est bien un monde à part, avec sa violence... sourde (maintenant c'est une fiction, je ne mets pas tout le monde dans le même panier, attention). C'est tout l'intérêt de cette absence totale de sous-titre qui nous immerge totalement dans ce monde tel qu'il est. C'est un peu aussi une des limites : cette volonté extrême semble parfois un peu factice, à l'image de l'absence de tout personnage parlant ; on voit bien que Slaboshpitsky pousse à fond sa logique mais reste sur la corde raide - "l'exercice de style" finissant par prendre le pas sur le réalisme de la chose. Il y a ensuite une gradation dans la violence "à la Gaspard Noé" qui là encore fait parfois un peu grincer des dents. On sent bien que le cinéaste à défaut d'avoir des trucs à dire tente d'aller toujours plus loin dans un certain "exhibitionnisme" : cela donne des scènes arides (l'avortement) ou carrément ignobles (le final) comme s'il se sentait toujours obligé de pousser le bouchon plus loin - vous avez accepté mon univers sans concession sourd et muet, ok, maintenant je vais vous montrer ce que signifie littéralement l'expression "frapper comme un sourd". Le dispositif ne manque pas d'intérêt, loin de là (Slaboshpitsky sait mettre du rythme dans l'enchaînement de ses séquences et son projet, tout de même relativement couillu, parvient à tenir en haleine), on a simplement parfois un peu l'impression qu'il a du mal à s'arrêter dans la surenchère, cherchant coûte que coûte à choquer son homme (il est gentil le petit jeune homme sourd et muet et tiens, prends sa godasse dans ta tronche... brrr). Un projet avec indéniablement une certaine force visuelle mais on attendra de voir une prochaine oeuvre du gars Slabo pour le juger sur son aptitude dans le fond.

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