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De plus en plus de la lose, nos ami Yuji et Kosaku, qui sont devenus des familiers au bout de quatre épisodes de cette série assez fun de KK. Ils touchent le fond de la misère, et leurs postures de gangsters n'effrayent personne (la séquence de racket du vendeur de voitures vaut son pesant de pathétique), et il leur faudrait bien un coup de bol pour inverser la tendance. D'autant que Yuji flashe sur une petite marchande de cigarettes bien accorte, qui a des rêves de voyage à Hawaï, et ça, ça coûte des yens. Cet épisode va donc avoir pour thématique principale la chance, celle qui passe et qu'on ne sait pas, celle qu'on attend et qui ne vient pas, et celle qui arrive au final pour remettre les pendules à zéro. Tour à tour, les deux amis vont se voir offrir une chance de cocus pour aussitôt retomber dans la déveine, le ressort comique de l'épisode tient entièrement là-dessus. On gagne un voyage en jouant à la loterie, mais on le perd par manque d'ambition ; on trouve une valise pleine de biffetons, mais on la perd par cupidité ; on sauve sa peau d'un règlement de comptes entre yakuzas, mais c'est pour tomber dans des emmerdes pires encore. C'est très marrant de regarder comme les deux gars passent de cîmes en abysses, pour se retrouver, comme à la fin de chaque film, exactement au même point qu'au départ. Kurosawa a fini par nous faire bien aimer ses personnages, et les affine avec beaucoup d'humour : Yuji, matamore amoureux, viril mais ringard ; Kosaku, petit frère légèrement efféminé, inconscient et énergique (il fait toujours la cuisine pour l'autre, un gimmick assez marrant). Le second a toujours de la chance là où l'autre essuie échec sur échec, et cette situation culmine avec la scène où Yuji, dans l'hystérie, gagne un walkman à la loterie... avant que Kosaku, sous les cotillons, ne remporte le voyage à Hawaï. Un petit côté La Chèvre qui fonctionne bien, et Suit yourself or Shoot yourself est d'ailleurs un "buddy-movie" qui n'a rien à envier à ses confrères du reste de la planète.

HMRMCC

Même si esthétiquement, on reste dans le modeste et le cahier des charges implanté depuis le premier épisode, on ne peut que remarquer la belle mise en scène de KK, qui encore une fois privilégie les plans larges aux plans rapprochés, ce qui met en valeur le burlesque des corps et le comique de gestes plus que d'expressions. Les acteurs se démènent et sont souvent drôles, et comme toujours Kurosawa travaille le contraste entre eux et le reste du monde, en l'occurrence une bande de yakuzas assez effrayants, calmes et suaves. On se dit qu'ils ne survivront pas une seconde face à eux, mais vaille que vaille, ils s'en sortent. La violence est toujours présente en fond, tout comme le contexte social des prolos et des petites gens. Même si on est toujours dans la comédie, on n'est pas à l'abri d'un coup de feu et d'un cadavre au détour d'une bobine. Voilà qui augmente encore la sorte d'anachronisme des deux clowns et les dangers qu'ils affrontent. Kurosawa adore ces plans où la "vraie vie" débarque à la lisière du monde décalé de ses héros : un yakuza qui s'évanouit avec une mallette pleine de billets aux pieds de Yuji, ou un concurrent amoureux qui vient lui faire de l'ombre. C'est par la mise en scène, par cette façon de toujours faire exister les décors minables de la banlieue (hangars, ponts rouillés, terrains vagues, maisons branlantes, petits commerces miteux), que le film reste crédible et vrai. Très agréable moment, encore une fois.

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