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Au bout de 2 saisons, je pense qu'on peut l'affirmer : Fargo est une série géniale, petit bijou d'écriture, d'ambiances, de mise en scène et de jeu d'acteurs. Toujours sous l'égide des Coen Brothers, mais en s'éloignant cette fois résolument de leur long métrage éponyme, cette nouvelle mouture recommence tout à zéro : autre lieu, autre intrigue, autres personnages, autre époque. Le seul lien qui relie les deux saisons, finalement, est esthétique : il tient à un style, une façon de regarder les choses, une "coolitude" du filmage et des dialogues, un mélange savant entre comédie, violence, polar, dérision et portraits psychologiques. Cette sensation de "pas tout à fait le même, pas tout à fait un autre" est très agréable : on est dans ses pantoufles, on reconnaît la patte, et en même temps on est sans cesse surpris. Chacun des épisodes de cette nouvelle saison apporte son lot de surprises, de coups de théâtre, et cela en adoptant un rythme hyper-cool, assez lent, presque ethéré, qui rend les choses particulièrement fortes.

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La série adore les personnages de losers qui deviennent des caïds : ici, c'est un brave boucher du coin (Jesse Plemons, issu de Breaking Bad mais avec 50 kilos de mieux) dont la dindasse de femme (Kirsten Dunst mais avec 20 kilos de mieux) renverse en bagnole un mafieux en pleine séance de massacre à l'arme à feu ; ce brave péquenot va devenir le centre d'intérêt d'un réseau de gangsters torves, de la famille du renversé qui veut régler ses comptes et de la police du comté : un engrenage compliqué encore par le fait qu'une soucoupe volante (!) vient sans arrêt perturber l'action, comme un rappel que quelque chose de plus grand dépasse cette communauté d'assassins et de justiciers qui s'ébattent sur fond de neige. Le hiatus entre le côté coinçouille et plan-plan de ce petit couple ordinaire et l'avalanche de violence qu'il déclenche fait tout le sel de cette histoire, qui va aller très loin dans le nombre de cadavres et les exécutions sommaires gores. Les gangs de méchants sont particulièrement savoureux : une famille de rednecks taiseux et complètement incontrôlables, mené vaille que vaille par une matriarche à l'ancienne versus des gangsters élégantissimes et suaves dont les hommes de main sont deux jumeaux brutaux et sans émotion. Le tout dirigé en sous-main par un Indien malin comme un Indien et qui a des comptes à régler avec les uns et les autres. En face, l'équipe de flics est elle aussi parfaitement tracée : une famille de braves serviteurs de la loi peu habitués à la violence punk qui se déclenche sous leurs yeux, mais qui font face vaillamment. Tous les acteurs sont géniaux, c'est bien simple, et on aime autant jubiler devant la crétinerie brutale du fils Gerhardt (Jeffrey Donovan, hilarant et terrifiant) que devant la droiture maladroite du vieux flic honnête (Ted Danson, à la précision de jeu effarante).

Fargo-Saison-2

La façon qu'ont les différents réalisateurs de toujours ancrer cette histoire dans le paysage, dans le territoire à la fois familier et dangereux du Dakota rural, ajoute à la puissance de cette histoire. La mise en scène est ample, multiplie les vastes mouvements d'ensemble, les plans larges, les grandes scènes de groupes. Musique finement trouvée, sens du rythme imparable (y compris quand celui-ci se ralentit exprès, voire s'arrête totalement, dans le dernier épisode), dialogues superbes, profondeur psychologique de chaque personnage (celui de Kirsten Dunst est particulièrement complexe, s'affirmant au fur et à mesure de la saison), tout fait de cette série la meilleure du moment, tout simplement. La perfection.

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