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Nos lecteurs étant toujours de bon conseil, je ne tardai point à me pencher sur cette oeuvre de fin d'étude de l'excellente Larisa Shepitko (Les Ailes, l'Ascension). L'histoire comme le cadre est relativement fruste, âpre, dépouillé : un jeune étudiant, Kemel, débarque en terre kirghize pour aider une poignée de personnes (dont l'autoritaire Abakir) à cultiver une terre sèche comme le diable. On le voit, le sujet ne prête pas à la déconne. Et pourtant, même si les tensions entre le stalinien Abakir et le jeune étudiant dominent les débats, il y a quelques moment de grâce (la relation entre Abakir et une très jolie jeune femme totalement dévouée, le flirt entre Kemel et une jeune fille gardienne de chevaux), quelques moments de paix (ces plans sur cette terre lunaire en plein cagnard ou sous les étoiles) qui méritent totalement le détour sur cette oeuvre de jeunesse. Une oeuvre de jeunesse dans laquelle on retrouve d'ailleurs ce penchant de Shepitko à tenter des cadres originaux, inhabituels : ces plans en contre-plongée sur le dominateur Abakir, ces plans décadrés couplés à de rapides panoramiques sur ces tracteurs de l'enfer... On sent déjà chez elle ce talent cinématographique instinctif pour mettre en place des plans aux effets chocs. Le sujet est rugueux, on devine que les conditions de tournage sont terribles (Shepitko, atteinte par les insolations et la fatigue, finira d'ailleurs de diriger son tournage sur une civière, pour la petite histoire) mais cela n'empêche point la réalisatrice russe de faire une oeuvre aussi forte au niveau "politique", qu'attachante au niveau des relations sentimentales.

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La confrontation entre Abakir et Kemel connaît des hauts et des bas : c'est l'ancien, le pur et dur, contre le renouveau, l'ouverture. On pense que le gars Abakir, remué par le côté volontariste de Kemel, va finir par s'adoucir, par mettre de l'eau dans sa vodka. Notre homme se montre tyrannique aussi bien dans son côté jusqu'au-boutiste au niveau du taf que dans ses relations avec sa tendre et douce dulcinée... Va-t-il finir par lâcher du terrain en laissant à Kemel le sens des initiatives (ce dernier répare la radio à la joie de tous), en se laissant aimer par la jeune femme ? Rien n'est moins sûr, tant le stalinien est bourru, enferré dans ses principes... Heureusement, en contrepoint à ce personnage étouffant, il y a quelques échappées belles, quelques séquences où flotte un vent de liberté et de joie, comme ces belles séquences entre Kemel et cette toute jeune fille : leur balade à cheval ou leur débroussaillage de cette terre aride par le feu sont autant de moments précieux volés à ces conditions de vie infernales. On respire un brin dans cette oeuvre et l'on aime la façon dont Shepitko laisse le ciel envahir son cadre... Va-t-on vers une guerre froide interne larvée ou vers un soupçon de réchauffement dans les relations ? A vous de voir en découvrant cette oeuvre déjà très maîtrisée de la jeune Larisa dont la carrière sera malheureusement tristement interrompue seize ans plus tard par un pauvre accident de bagnole... Torride. 

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