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C'est toujours un peu le même problème avec Villeneuve : c'est filmé carré, efficace, il y a un certain sens de la tension soulignée par une musique synthétique planante (la montée) ou renforcée de percussions (le danger est là, juste là) (c'est Johann Johannsson qui s'y colle, aucun lien apparemment avec Jay-Jay), c'est linéaire, droit comme un i... bien foutu, quoi, dans le genre, mais sans vraiment de reliefs. Villeneuve s'attaque cette fois-ci aux problèmes de la drogue et à la façon guère "catholique" de régler le problème (en tout cas, de trancher dans le gras quand désire il y a - Maître Yoda dixit). Il y a bien une agente de CIA (Emily Blunt, volontaire et naïve) dans l'opération mais elle est là surtout en tant que "caution" : le reste des agents de cette petite troupe para-militaire (menée par le débonnaire et sans foi ni loi Josh Brolin et à laquelle collabore le trouble Benicio del Toro) ne semble pas vouloir vraiment s'embarrasser avec de quelconques procédés légaux. Quand il s'agit de détruire la tête d'un clan, tous les coups sont permis. Emily va en avoir pour son argent...

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Ambiance glauque avec moult cadavres retrouvés dans une maison au milieu de nulle part (on s'attend à voir rappliquer Bryan Cranston dans ce paysage désertique et cette histoire de cartel de la drogue, mais l'atmosphère n'est pas vraiment à la rigolade - pas d'humour chez Villeneuve, que des faits froids comme une neige canadienne) puis scène d'action qui prend tout son temps avant le carnage : un ponte est extradé de Mexico (une colonne de bagnole - SUV black à vitres teintées (les Ricains) et voitures de police mexicaines armées jusqu'aux dents - circule sur l'autoroute reliant les States au Mexique : jolie vue d'avion sur ce serpent de mer) ; ces hommes de main attendent un embouteillage à la frontière pour passer à l'action - ça va barder sa madre. L'Emily est quelque peu perdue, pour ne pas dire déboussolée par cette façon d'agir et ira de surprise en surprise en suivant le Josh et le Benicio dans leur façon d'agir... On nous dit pas tout, heureusement que Villeneuve est là pour nous montrer le dessous des cartes pas joli-joli. Emily jolie va, elle-même, finir la larme à l'oeil, toute désabusée : mais peut-elle encore lutter contre ce milieu de loups sanguinaires qui sont des morts en sursis, déjà des ombres ?... C'est propre, rien à dire, sympa (dans la forme, of course) en tant que petit thriller familial (on s'entend) du dimanche - et cela nous démontre une fois encore que pour lutter contre le milieu de la drogue, faut mettre de côté sa morale voire son cerveau. Voilà, carré, disais-je, grand public, pas mieux.   (Shang - 20/12/15)

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Carrément à la limite de l'insipide même, ne serait cette première demi-heure très jolie. Au début, c'est vrai on jubile : entre cette intervention policière dans un terrain bourré d'explosifs et de cadavres croupissants et cette formidable course-poursuite de voitures sans course-poursuite, on est comblé. Arriver à nous tenir en haleine avec un cortège de bagnoles traversant la ville n'était pas chose aisée : Villeneuve y parvient en faisant monter très lentement la tension (gestion de la musique, de l'alternance entre plans larges et plans rapprochés) et en nous plongeant dans l'action : les voix qui sortent des talkies, la caméra embarquée qui fuse le long des files de voitures, tout ça scruté du point de vue de la fliquette qui y comprend que pouic, c'est bien vu. Surtout, Villeneuve réussit cette séquence grâce à son sens de l'espace : malgré la complexité de la situation, on sait toujours où on est, où arrive le danger, qui est menacé. On se frotte donc les mains après cette première partie, persuadé qu'on est tombé sur le film à l'ancienne, sobre et sur-efficace, qui va combler notre dimache soir.

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D'où vient alors que Villeneuve, ensuite, perde toute ambition de mise en scène et laisse paresseusement couler son scénario et ses acteurs ? C'est un mystère, mais la scène d'intervention sous un tunnel servant de passage aux trafiquants de drogue rate tout ce que la scène des bagnoles réussissait : on est complètement perdu dans l'espace, à cause sûrement de cette très mauvaise utilisation des caméras thermiques qui brouille tout. On comprend que tel était peut-être le but : l'héroïne ne capte rien de ce qui l'entoure, et donc nous avec. Mais il nous faut un minimum de pistes si on doit trembler pour les personnages. Là, les gens tombent, courent et crient sans qu'on sache qui ils sont ni où ils sont. C'était LA scène-clé du film, et elle est bousillée. Le reste est regardable, oui, mais guère passionnant : on finit par comprendre les tenants et aboutissants de la chose, bon, le monde est dur et injuste, ok, c'est par l'illégalité que se résolvent les grands problèmes criminels de ce monde, très bien, mais alors ? Tout ça manque cruellement de chair, de complexité de caractère, et d'intérêt tout simplement. Le premier film fade de Villeneuve.

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