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En attendant une ressortie chez Criterion en février 2016 (à Shangols, on est toujours un peu en avance sur son temps...), je me suis penché sur ce chef-d'œuvre (j’enlève les guillemets) de Pietrangeli. Avec une certaine joie amère. Amère parce qu'on a l'impression d'assister à la lente décrépitude d'une nabillette qui rêve de la Dolce Vita, qui rêve d'avoir son nom en haut de l'affiche, qui rêve quoi, une nabillette exploitée pour sa jeunesse éblouissante et ses formes et malheureuse comme une pierre en son âme. Stefania Sandrelli incarne à la perfection cette jeune fille naïve comme une fleur qui se fait doucettement effeuillée... Il y a les photographes qui veulent jouer aux agents-maquereaux, les bons vieux pervers-pépère pré-berlusconiens qui attendent leur part du gâteau ou encore les petits cinéastes qui profitent de ce corps et de cette malléabilité pour tourner des films "publicitaires" tournant en dérision ces pauvres petites starlettes dont le plus grand défaut est sûrement de faire confiance aux hommes. On assiste, au départ avec un oeil un peu circonspect, aux déambulations de cette petite coiffeuse qui voudrait "arriver" : le film semble manquer de "nerfs", d'une véritable colonne vertébrale (où Pietrangeli veut-il bien nous mener ?), à l'image finalement de cette héroïne qui se laisse emporter au gré des flots, au gré des hommes... Mais c'est justement là tout le fond de ce film : il nous montre cette coquette allant de bras en bras, de fête en fête, une coquette qui sombre en fait de plus en plus dans la solitude, dans le mal être... Amère, le film l'est lorsque ce type qui veut soit-disant "la prendre en main" dresse un portrait ultra cynique de ces jeunes femmes (sans lui dire directement qu'il s'agit d'un portrait d'elle... elle finit tout de même par le deviner dans un sursaut de lucidité...) qui se bercent d'illusion, incapables de voir plus loin que le bout de leurs seins (terrible, son analyse : ce genre de femmes ne vit même pas au jour le jour mais minute par minute comme si leur disque dure saturait rapidement...). Joie aussi, parce qu'on se laisse emporter par le charme de cette donzelle, par cette vision des sixties de la vie romaine. Même si le fond est acerbe, la forme reste incroyablement légère, volatile comme si Pietrangeli parvenait à nous faire sentir toutes les douces illusions de son héroïne qui se prend au jeu des artifices de cette vie sans être capable de réagir, de revenir sur terre (deux trois fois tout de même, elle voit bien qu'elle se dirige tout droit sur le chemin de la prostitution et parvient à résister... sans que cela n'aide sa "carrière", forcément).

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Pietrangeli, sans avoir à forcer le trait, fait un constat très dur de cette riche société (du spectacle) peu reluisante. L'épisode surement le plus terrible est cette séquence où Ugo Tognazzi (extraordinaire), acteur en mal de taff, monte sur une table, lors d'une fête, devant un mécène pour faire des claquettes (sa célèbre imitation du train, énorme) : le type est à deux doigts de se péter le cœur pour divertir ce gros con qui se fend de mettre en scène la putasserie extrême de cet artiste. C'est drôle (on rit jaune, quand même) et affreusement violent. Tognazzi continue ses suppliques peu de temps après auprès d'un acteur et se fait rembarrer comme un malpropre... Les coulisses du spectacle sentent décidément l'infamie... Et c'est bien là tout le drame pour notre chtite Stefania qui met un temps fou avant de réaliser à quel point on ne la considère que comme un simple morceau de chair fraîche que l'on traite avec bienveillance. La coiffeuse ne cesse de changer de coiffure, de perruques pour donner le change mais lorsqu'elle enlèvera ses oripeaux et mettra en quelque sorte son âme à nu, le réveil sera brutal... Un film qui nous berce en nous faisant croire que la vie peut être douce mais qui infuse peu à peu son venin : ce "beau monde" n'est pas un monde de Bisounours, il consomme son lot de stalettes un peu bêtasses sans remords. La chute sera rude. Superbe film de Pietrangeli qui, comme le veut la formule consacrée, n'a pris, à cinquante berges, aucune ride. A redécouvrir d'urgence (j'ai un poucentage chez Criterion, j'avoue).  

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