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Voilà sans doute le film le plus léger, le plus aérien de l'année. Podalydès marche sur un fil de plus en plus ténu en tentant de raconter des nanosecondes de bonheur, des moments suspendus comme des petites bulles de savon, un subtil et doux rêve éveillé. C'est d'ailleurs parfois tellement ténu qu'on pourrait se demander si on ne frôle pas l'inconsistance : que nenni ! Habitué qu'on est au cynisme, à la noirceur, à la trahison, à la bêtise… il nous est simplement devenu difficile de percevoir ce que peut être la dolce vita, la force tranquille de la béatitude. Podalydés nous livre un conte en apesanteur, le héros qu’il incarne se donnant l’opportunité de vivre une parenthèse de plaisir perso dans une vie devenue bien terne... Même si Podalydès vit auprès de la rayonnante Sandrine Kiberlain, il a des envies de fugue et prend donc la barre (got it ?) d'un kayak. Il ne cherche pas l'exploit sportif, ni réellement l'aventure (exception faite des aventures amoureuses, of course) : il est plus adepte du voyage du rien, un héros gidien en quelque sorte, pour lequel  "voyager n'est pas quitter". Même s'il se plaît à effectuer quelques coups de pagaies, histoire de se laisser glisser sur sa pente rêveuse, notre homme s'éloigne rarement du bord : il va d'ailleurs passer la plupart de son temps à quai auprès d'une petite clique d'individus rafraîchissants comme une pluie printanière, tonifiants comme une goutte glacée d'absinthe.

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Il y a la douce mélancolie d'Agnès Jaoui, enfin veuve de Jean-Pierre Bacri, qui n'hésite pas à se dévoiler, à afficher ses charmes, pour retrouver enfin le sourire, il y a la fragile Vimala Pons au cœur un peu chagrin mais qui parvient avec aisance à éclairer la pellicule à chaque apparition, il y a les comparses fracasses Vuillermoz et Brouté qui repeignent tout ce qui leur tombe sur la main couleur ciel comme pour nous aider à planer toujours plus haut, une petite clique qui vient joyeusement en contrepoint des discussions en solo d'un Bruno très en verve : qu'il s’adresse directement à son "matos" de pro (ses monologues sont des petits bijoux d’humour ordinaire) ou qu'il se laisse aller à rêver (de nuit comme de jour), son hédonisme, qui repose sur pratiquement rien, est délicieux à savourer. Un petit film de tous petits riens en quelque sorte qui passe comme une compote à la pomme. Pierre Arditi dans le rôle de Pierre Arditi pourrait ternir le tableau par son côté ronchon mais sa bouffonnerie excessive emporte le morceau et apporte une touche supplémentaire d'allégresse à la chose. Ajoutez à cela une BO à base de Moustaki, Bashung ou encore Couture qui se déguste comme un verre de La Mauny et vous obtenez un objet cinématographique lumineux et zénifiant. Un bon cru Podalydèsien.   (Shang - 08/11/15)

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Oui ? Bon, admettons. Mon gars Shang devait avoir une soif de rivières françaises et de sous-bois locaux pour apprécier autant cette minuscule balade au fil de l'eau, aussi consistante que... qu'une balade au fil de l'eau. C'est sûr, il y a un certain charme là-dedans, une poésie à la Prévert, un peu quiche, un peu mièvre, mais touchante dans sa mélancolie et sa modestie. Les gros évènements sont la perte d'un Thermos ou un une tente difficile à déplier, on a tous connu ça, alors on sourit en se disant que c'est trop mignon, la vie, les femmes et les jeunes filles qui pleurent parce qu'il pleut. On remarque même les jolies idées de mise en scène, comme ce "split-screen naturel" (voir la deuxième photo de mon Shang), archétype de l'idée podalydésienne (pourquoi traficoter la caméra quand on peut obtenir le résultat avec une planche ?) ; ou ces rêves naturalistes à base de grenouilles et de poissons morts. Les dialogues sont fins, les personnages doux-dingues, hihihi, c'est très joli. Mais quand même : la poésie de Podalydès finirait-elle par se mordre la queue, trop de simplicité ne confinerait-il pas au simplisme, n'est-on pas à deux doigts de l'arnaque populiste avec ce machin qui prône les joies simples et le jambon Herta ? Un peu d'impureté n'aurait pas nuit à ce film trop gentil pour ne pas être lisse : il n'y en aura pourtant pas. Tout le monde, même le pêcheur grognon, est pittoresque et rigolo, et on finit par être un peu enseveli sous les bons sentiments politiquement corrects. Les références affirmées depuis toujours (Saint-Exupéry pour l'aventure, Tintin pour la ligne claire, Tati pour le gag infime) sont envisagées dans leur plus rapide aspect, caricaturales et superficielles. On préférait quand, dans Liberté Oléron par exemple, Podalydès glissait de la cruauté, de la violence, des choses noires derrière le lisse des apparences. Là, tout n'est que luxe, calme, volupté et politesse. Du coup, eh ben... on s'en fout. Comme un avion sans moi.   (Gols - 10/12/15)

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