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Depardieu et Huppert avaient un fils (Patrick Depert ?). Ce dernier est mort il y a six mois mais leur a donné rendez-vous dans la Vallée de la Mort. Le temps des retrouvailles pour Gégé le gros et Isa la rousse ? Des engueulades ? Des doutes ? De la communion ? Bon déjà, c'est vrai, que si tu mettais Bernard Ménez et Mylène Farmer au casting, le film aurait moins d'impact (non pas en poids ou en couleur de cheveux ou au niveau du capital vieillesse, mais tout simplement en densité d'interprétation) : Depardieu et Huppert au naturel, c'est forcément du nougat, il leur suffit juste de dérouler les dialogues en ajoutant pour lui quelques "putain" et divers "merde" (Depardieu a toujours été fort pour faire passer les insultes) et pour elle quelques questions rhétoriques énoncées en poussant la voix : "Mais ça va pas, hein !????", "Mais t'arrêtes là, hein !????". Bref du nougat... malheureusement un peu fondu sous le soleil plombant de ladite vallée : Depardieu passe son temps à faire la météo ("putain, fait chaud", "putain,  y'a pas d'ombre"), les acteurs comblent les vides en répétant souvent deux fois le même dialogue (ça doit faire plus naturel mais ça fait surtout film pour les vieux durs d'oreille) et la trame est elle-même très mince ("ne vaut pas Nicloux" comme dirait ma voisine taquine) ; nos deux héros sont rongés par les remords (- Putain, on s'est pas occupés de notre fils / - Mais pourquoi tu dis ça, hein, pourquoi !??? Tu veux me faire du mal !???") et l'heure de la rédemption a peut-être sonné...

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Mouais, ce fils mort, c'est surtout l'occasion de reconnecter nos deux monstres sacrés qui fondent au soleil comme du beurre et continuent après 50 ans de carrière au moins (sans parler du fait que Depardieu soit mort plusieurs fois : je ne parle pas des Inrocks simplement du fait qu'il ait tourné avec Josée Dayan) à tenir le haut de l'affiche et une bonne partie de l'écran (le bide de Depardieu en scope, c'est quand même effrayant). Parce qu'à part se choper chacun une bonne allergie (elle aux mollets, lui aux poignées : les stigmates du fils qui est venu les "visiter" - Nicloux ferait bien, au passage, de ne jamais remettre un pied dans le fantastique, il a trop abusé de la lecture de Lynch pour les Nuls), on en apprendra pas plus sur ce fils. Reste donc à nous rabattre sur le spectacle de nos deux stars partageant un sandwich à la bonne franquette, échangeant des propos de haute volée sur la vessie du Gérard (toujours un bon client) ou s'embrassant pour l'instant "romance adolescente à l’âge de la retraite" (Huppert non maquillée dans une lumière de motel de merde, c'est quand même pas sympathoche). On regarde la chose avec un oeil complaisant, lorgnant nos deux ogres capables d'être bons en restant dix minutes de dos sous un parasol… On se dit quand même, sans vouloir être méchant, que le gars Nicloux ne s’est pas plus creusé la tête au niveau des dialogues que sur le titre... Donnerait presque envie de revoir Drôle d'Endroit pour une Rencontre pour voir si cela n'a pas moins vieilli que cette œuvre déjà un peu sèche et dispensable. Mais n’enfonçons point Nicloux…   (Shang - 06/11/15)

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On est d'accord, pas de quoi hurler au génie, Valley of Love est plus anecdotique qu'autre chose, et s'il a des raisons d'exister, c'est parce qu'il réorganise modestement la rencontre des deux grands, couple mythique de Pialat (entre autres) : c'est assez beau de regarder Nicloux regarder ses acteurs, avec déférence et admiration, de nombreuses scènes se contentant d'enregistrer cette osmose, sans rien de plus. Le scénario devient alors assez superflu, et tant mieux parce qu'il est pas terrible : on se demande un peu ce que Nicloux a voulu filmer avec cette histoire ésotérique fumeuse qui ne conduit qu'à une impasse. Il est beaucoup plus convaincant quand il se contente de filmer les corps vieillissants des deux icônes, Depardieu barbotant dans une piscine tel une baleine, Huppert contemplant son visage nu, les deux se regardant l'un l'autre comme le cinéma français se regardant lui-même. Les deux acteurs se donnent, malgré l'air un peu revêche du Gérard, et retrouvent plus souvent qu'à leur tour la trace des grands qu'ils furent (et sont encore très souvent) : le jeu d'Huppert, faussement emphatique, plein d'humour, sa façon d'utiliser son corps fluet face à la masse de son partenaire, son évident plaisir à jouer les scènes de dispute ; celui de Depardieu, faussement je-m'en-foutiste, très dense finalement, tourmenté (l'humour vient aussi de son côté, mais plus involontairement, comme un burlesque mal assumé), ses ruptures de rythme ; tout ça suffit à notre bonheur.

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Nicloux trouve tout de même sa place là-dedans, heureusement. Pas d'accord avec Shang quand il dit qu'il ne sait pas filmer de scènes fantastiques. La rencontre de Depardieu avec une étrange jeune fille au visage déformé, avec ce plan fixe très effrayant et la parfaite distance de la caméra par rapport aux acteurs, témoigne d'une très belle conception de ce qui fait l'étrangeté d'un plan. Et la course finale de Depardieu au milieu des falaises du grand Canyon est elle aussi très joliment filmée, comme un cauchemar. C'est vrai qu'il manque à la mise en scène un vrai regard sur le paysage, pourtant élément essentiel de cette histoire : on ne sent pas l'ancrage du film dans le lieu mythique de la Vallée de la Mort, Nicloux cadre mal ses décors, ne sait pas trop comment placer ses acteurs dedans. Au final, c'est un film oubliabe, un petit film, mais qui contient quand même deux-trois traces de vrai talent.   (Gols - 09/01/16)

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