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C'est ce qu'on est en droit d'appeler un film tout en retenu, où sérénité et pauvreté tentent de faire bon ménage. Un homme, (l'excellent Shûji Sano as Mito), bon comme du bon pain, tendre comme de la mie, débarque à Osaka. On apprendra que derrière ce visage calme comme une mer d'huile, se dissimule un homme de conviction qui n'hésite pas à monter au créneau à l'occasion (il a frappé son boss à Tokyo, d'où la mutation punitive). Mais de son travail, il ne sera finalement que très peu question. L'homme s'installe dans une petite auberge qui ne paye pas mine et il va devenir peu à peu le "pilier" (dans le sens mélioratif) de l'établissement. Notre homme ne boit pas, ne flirte pas mais il se retrouve constamment entouré de donzelle. S'il intrigue au départ (un célibataire, hum, hum), s'il détonne (diable que l'homme est sérieux, comme s'il s'imposait un masque mortuaire), il ne tarde pas à attirer la confiance du personnel : c'est un homme droit, plein d'empathie, toujours prêt à écouter les doléances de l'une ou de l'autre... La seule chose qui énerve notre héros impassible, c'est que l'argent, encore et toujours l'argent, soit toujours à l'origine des maux de chacun. Maudit soit-il, bienvenue dans la chienlit capitaliste de l'après-guerre.

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C'est un film tout en mesure, sage comme une image et ce malgré quelques personnages hauts en couleur : il y a ainsi une geisha qui ne cesse de tourner autour de notre homme (magnifique séquence que celle où ils se retrouvent au bord de l'eau : notre homme, aveugle aux sentiments de ladite geisha aura droit à sa jolie petite leçon de moral toute en poésie - vous êtes comme les étoiles lui dit-elle ; il ne comprend guère sur le coup avant de tomber sur l'un de ses propres livres dont le titre est « les étoiles nous regardent de haut » - il n’a plu besoin d’un dessin), une petit servante qui depuis toute jeune n'a pas froid aux yeux et réchauffe à l'occasion le client, ou encore un client, justement, prêt à soudoyer toutes les petites en manque d'argent... Mito n'a de cesse de chercher des solutions pour venir en aide à ces employées qui touchent le fond (l'une à cause de son copain au chômage qui la taxe constamment, l'autre à cause d'un fils qu'elle aimerait tant rejoindre, etc... on pourrait joindre à la liste une chtite jeune fille très mimi du voisinage dont le père est malade - ce qui déclenche une nouvelle fois la compassion de notre héros). Mito, à force de s'occuper des autres, semble cependant avoir à peine le temps de s'occuper de lui-même : il craque, ou disons plutôt qu'il fantasme, sur une jeune femme qu'il a une fois croisée autour d'une boîte aux lettres : on ne sait trop quel film il se monte sur cette jeune personne mais c'est comme si cette rencontre de hasard justifiait le fait qu'il garde ses œillères vis-à-vis des autres femmes qui lui tournent autour. Mito, un peu perdu dans cette ville de province, semble comme incapable de prendre plaisir à la propre vie qu'il mène, de « tilter » ; il lui faudra attendre un dernier repas d'adieu pour qu'il prenne vraiment conscience de la chaleur humaine qui l'a entouré au cours de cette "escale". Heinosuke prend tout son temps, à la Ozu, pour tendre des fils entre ses personnages et une évidente impression de zénitude se dégage de la chose (en particulier grâce au personnage de Mito) malgré les nombreux problèmes pas toujours gais-gais qui émergent. Une très bonne adresse (n’oubliez pas le guide), un film magnifiquement maîtrisée (mise en scène, jeu d'acteurs, construction narrative... du nippon des fifties cousu main).

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