KK 044 - Ana De Armas (Bel), Lorenza Izzo (Genesis), Keanu Reeves (Evan)

Vous devez vous demander ce qui me prend de regarder un film d'Eli Roth, et la question restera en suspend : moi non plus, je ne sais pas. Et je le sais encore moins au bout de la projection de cet authentique nanar (assumé ?), qui devient presque immédiatement aussi culte qu'un film de Christian Gion. Roth en est à son 7ème film, on ne peut plus parler de débutant ; aussi mettra-t-on ce défilé de maladresses sur le compte d'une réelle volonté de sa part, et les élans comiques de sa trame sur celui d'un désir de brouiller les pistes et de nous livrer un objet hybride. Mais on est bien gentil.

KK 165 - Keanu Reeves (Evan)

Sinon, comment aborder un tel machin ? Keanu Reeves (soit consternant, soit génial, on n'arrive pas à trancher) joue un bon père de famille arrivé et confit dans son confort. Débarque un duo de pépettes toutes en seins et en shorts moulants, qui viennent s'abriter de la pluie (premier rictus). Elles vont se livrer à un jeu dangereux de séduction sexuelle et de domination, en vue de punir ce mâle dominant d'avoir cédé à leurs avances (auxquelles même un mormon cul-de-jatte aurait cédé). Tortures psychologiques ou sexuelles, humiliations diverses, la sentence sera rude. Voici donc un huis-clos moraliste d'extrême droite (si le film est vraiment sérieux), ou une farce grotesque sur l'hystérie féminine (s'il faut y voir un second degré). L'ensemble est tellement mal foutu, tellement appuyé et tellement ridicule qu'on penche pour la deuxième option, tout en redoutant que le public visé (l'ado priapique, qui trouvera dans les deux interprètes féminines de quoi se rincer l'oeil tout en éprouvant une frustration toute judéo-chértienne, Roth ne faisant que suggérer l'érotisme plutôt que de s'y frotter vraiment) ne soit sensible qu'à l'aspect "tu ne baiseras pas la bimbo venue frapper à ta porte à demi-nue" de la chose. Keanu, lui, semble avoir choisi la voie du comique : il se livre à un carnaval hallucinant de supplications tout au long du film (une seule ligne de dialogue à apprendre : "Naaaan, pas çaaaa, je f'rai tout c'que vous voudreeeez") proche du grand burlesque. Roth, de son côté, n'a pas l'air dupe de l'indigence de son scénario : à chaque nouvelle torture inventée par ces dames pour faire souffrir monsieur, on voit environ 17 possibilités pour celui-ci de s'échapper ; mais bien sûr, c'est plus marrant de continuer à le voir déguster, c'est le petit côté Hostel de la chose. L'histoire n'est ainsi jamais crédible ; je sais qu'on se moque de la vraisemblance de ce type de film, mais on veut quand même un peu de cohérence par rapport à la situation. Ici, on n'a jamais peur pour Keanu, non seulement à cause du ridicule des situations, mais aussi à cause du jeu des deux jeunes filles : elles sont en-dessous de tout, et ça tombe bien, c'est la place que le rôle leur octroie. Si le film est un pamphlet féministe (oups, le mot fatal), on est attéré par le simplisme de la chose ; si c'est une critique des excès du féminisme, ça ne va pas assez loin ; si c'est juste un huis-clos horrifique, on bâille d'ennui ; et si c'est une blague de potache, on aurait aimé rire un tout petit peu. Là, c'est juste d'une indigence totale, moche, mal joué et mal écrit, bâclé à tous les postes et très "à cheval entre deux chaises" (l'envie de plaire à tout le monde ?).

KK 160 - Ana De Armas (Bel), Lorenza Izzo (Genesis)