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Voilà qui va apporter de l'eau au moulin de mon camarade Shang pour ce qui concerne le cinéma français, vous m'en voyez marri : Les deux Amis concentre à peu près tout ce qu'on est en droit de détester du cinéma quand il prend des poses de mannequin. On pensait que Louis Garrel ferait un peu gaffe à ce qu'il fait, que l'ombre de son paternel serait un peu caution de sa vigilance. Que nenni. C'est le film le plus maladroit, et en même temps le plus fier de lui, de l'année. Le ridicule ne doit pas tuer, de toute évidence. Garrel (et Honoré qui s'auto-caricature ici avec un entrain épatant) tresse un marivaudage contemporain autour de deux potes : l'un est un petit mec naïf et romantique (ça y est, on tient le premier film où Macaigne est mauvais), l'autre un sombre ténébreux blasé et irrésistible (Christian Clavier, en contre-emploi... nan, je déconne). Le couple est aussi désaccordé que fusionnel, aussi bancal qu'éternel, c'est la première invraisemblance de la chose d'ailleurs : comment deux gars aussi opposés peuvent être amis à ce point ? En tout cas, le second prend le premier sous son aile quand une donzelle fatale prend place dans le coeur de ce dernier : c'est Golshifteh Farahani, aussi belle que belle, et aussi actrice que mon tonton Camille. La belle échappe aux garçons, et pour cause : elle est en liberté conditionnelle et doit rentrer chaque soir en tôle, ce qui pour cultiver un parfait amour est problématique. Nos garçons farceurs vont pourtant la kidnapper pour un soir, afin de la convaincre d'aimer l'un ou l'autre ; valses amoureuses et sexuelles, mini-gags qu'on voudrait truffaldiens, dialogues-bilans sur les trottoirs parisiens, et passages obligés en boîte de nuit, on connaît le reste.

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Garrel est persuadé qu'il est grand, ou en tout cas qu'il sait comme personne filmer les gens : les garçons, sans doute, mais surtout les filles. Farahani est photogénique, pas à dire, mais lui sait y déceler une beauté supplémentaire. Il lui octroie donc LA scène le plus ridicule du siècle, que tous les réalisateurs français ont tenté dans leur carrière depuis les années 80 : la-scène-de-danse-sur-musique-trop-bien. Dans un bar, la belle pousse les tables et se livre à une chorégraphie hilarante, à base d'yeux de braise, de déhanchements médicalement risqués, et de pointage de seins, devant les yeux de veau fascinés de Garrel. Ce qui devrait être sexy est juste consternant, non seulement par la danse elle-même mais surtout par le regard mi-concupiscent mi-romantico-mièvre posé sur elle par la caméra. Le film est à l'image de cette scène : le côté adolescent y est revendiqué coûte que coûte, une façon de regarder les femmes, et aussi les hommes, comme des enfants attardés, attachants justement par leur inadaptation au monde. Du coup, tout est rempli de ces postures dandy, adulescentes, qui fait parfois penser, dans certains effets de mise en scène (les ralentis dans la boîte de nuit, la reconstitution de tournages de films, le comportement du personnage tenu par Garrel) à Xavier Dolan, le comble de l'horreur, vous en conviendrez. Très cons, les deux personnages masculins mériteraient du début à la fin des baffes sonores, et ne gagnent jamais notre sympathie : Macaigne en surjouant sa petite voix aiguë, sa candeur et son innocence ; Garrel en affichant son éternelle tête de mal réveillé et en s'octroyant les meilleurs plans. On voit bien pourtant que c'est leur relation qui intéressait surtout Garrel, faire le solde d'une amitié à un moment-charnière de la vie de ces deux déclassés, mais sa direction d'acteurs et l'insistance de ses dialogues gâchent tout. Au-dessus du marasme surnage une scène intéressante, celle justement où les deux bougres enlèvent leur donzelle, moitié sérieusement moitié pour déconner, alors que celle-ci risque sans qu'ils le sachent de perdre sa liberté à ce petit jeu. Un mélange de comédie et de tragédie qui aurait pu être la marque de ce film, ce qu'on aurait apprécié. Mais là, à force de poses, de dialogues interminables, de tergiversations sentimentales au mieux fatigantes au pire incompréhensibles (la scène où Garrel drague un homo, d'où est-ce que ça sort ???), il n'atteint qu'un profond ennui, voire un agacement complet. Dans le fond inexistant, dans la forme moche et suffisant (la responsable du montage s'appelle Joelle Hache, sans commentaire) : un naufrage.