img_6248Un peu de poésie contemporaine, bande d'ignares, ça fait du bien au milieu de ce blog rempli de blockbusters et de roman goncourables. Je vous présente donc Jean-Marc Undriener, pas le dernier des compères quand il s'agit de contempler en face l'inanité de toutes choses, homme, langage et existence. Guère optimiste, c'est vrai, mais la poésie qui ressort de ce marasme est d'une force incarnée, charnelle, directe, qui vous saute droit à la gorge. Il faut dire que Undriener use de mots les plus simples, les plus directs et les plus courts qui soient. Pas de symbolique, pas d'allégorie, pas de grandes envolées rimées dans cette poésie-là : du mot clair et net, unisyllabique, utilisé pour son pouvoir musical encore plus qu'évocateur, pour un texte qui évite tous les poncifs de la bêêêêlle Laaaangue Françooise de papy. Martelés et répétés jusqu'à plus soif, les mots tournent sur eux-mêmes, reviennent inlassablement à cet endroit précis où se situe le rien qui angoisse et désabuse tellement notre auteur. Il y a du Beckett là-dedans, ça saute aux oreilles, et un goût pour la musique désaccordée, rythmique. Il y a comme chez le bon Samuel une sorte d'humour noirissime, desespéré, et cette thématique de la "recherche du rien". On y trouve même des phrases qui pourraient être issues directement de Molloy ("On n'a pas si mal réussi à rater les brouillons")  ; et il y a comme dans la musique une façon de couper le vers, de pratiquer la césure, toujours surprenante, et toujours pleine de sens. Il y a surtout ce rythme hypnotique bien que destructuré, qui vous mène doucement au plus sombre de tout, là où plus rien n'a d'importance, que le fait de dire que rien n'a d'importance. Une poésie d'une saine franchise.