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Le cinéma japonais est franchement le seul à oser des trucs comme Love Exposure. Il y faut une part de folie, d'auto-dérision, de sincérité, d'amour pour le trans-genre, qui n'appartient qu'à cette filmographie. Après les délires de Miike ou de Wakamatsu, Sion parvient à arriver à leur niveau en livrant un film-somme, quatre heures de temps pour traverser tout un état du Japon contemporain à travers ses grandes obsessions et ses grands motifs. Tous les adjectifs sont bons pour qualifier la chose, parce que Sion refuse, à chaque minute, de se laisser enfermer dans un genre, dans un syle et même dans un seul film. Love Exposure les contient tous, imbriqués les uns dans les autres, avec pour résultat un maelström d'émotions et de styles qui épate.

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Ça commence dans un genre très psychologique, avec ce pasteur veuf obsédé par le péché, et qui chaque jour confesse un fils bien en peine de trouver quoi raconter au confessionnal. Il y a une vraie atmosphère scorsesienne dans ces scènes, sérieuses, baroques et poignantes, où on assiste à la déchéance mentale du père. On croit qu'on aura droit à une grande fresque sur la culpabilité, mais Sion change brusquement de braquet : le fils décide, pour avoir de quoi se confesser, de tomber dans le péché. Il devient peu à peu un maître dans l'art de photographier les culottes des filles (un art qui existe réellement au Japon, mon Dieu), à la fois pour se sentir réellement coupable et pour trouver son fantasme féminin, celui qu'il a promis à sa mère de rencontrer : sa vierge Marie à lui. Il la trouvera au détour d'un combat de rue, et tout le film, qui avait viré à la pure comédie japonaise de goût douteux, va consister en cette quête de l'amour absolu, passant par mille autres genres : traversé de gore, de kung-fu, de comédie sentimentale, il se termine dans un mélo de la plus belle eau. Entre temps, on aura croisé une secte, assisté à un attentat, appris qu'il existe des auditions pour les bukakke, et on sera surtout passé par une multitude de films insérés dans un seul : la quête de l'amour du jeune homme est aussi une traversée du cinéma ; et un catalogue de quelques-unes des grandes tares de la société nippone, l'immaturité de ses habitants, sa jeunesse sans repère, la démission des parents, le succès de ses sectes, ses tendances sexuelles déviantes, etc. Hyper ambitieux, mais réalisé (avec peu de moyens) avec un grand talent.

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C'est surtout parce que Sion tourne toute son attention vers les ados, avec une foi en leur pureté qui éclaire littéralement le film. Ils sont les héros de l'histoire, le monde semble même presque dépeuplé d'adultes (à l'exception des parents torves), et leur idéal d'amour pur (qu'on peut trouver cucul la praline, mais qui finalement est le plus beau motif du bazar) est regardé avec une sincérité et une admiration totales. Love Exposure est un film jeune, rempli d'une énergie et d'un désordre juvéniles : bien sûr, du coup, qu'il est souvent maladroit, bancal, mal équilibré, excessif. C'est presque ses qualités premières. Il y a une fougue incroyable, qui passe dans le montage (les scènes de combat, excellentes), dans la musique (la 7ème de Beethoven et le Boléro de Ravel en gimmicks). Et pourtant, le film sait être très sérieux, tourmenté, dépressif, quand il aborde sa dernière bobine, consacrée à la folie, à la perte de l'amour, à la solitude. On pourra dire tout ce qu'on veut, et tout sera vrai : voilà le machin le plus personnel et sincère qu'on ait vu depuis longtemps.

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