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Voilà un objet bien étrange qui nous vient de Hongrie, un film où les instants magiques, sensuels, troublants compensent une trame narrative pas toujours évidente à suivre. L’histoire pourrait se résumer en trois lignes comme en cent : deux sœurs jumelles, à l’aube du XXème siècle, vont être séparées ; l’une va devenir une courtisane bourgeoise, à la fois femme volage et voleuse, l’autre une militante active (elle lit Kropotkine et veut assassiner le ministre de l’Intérieur) à la condition plus modeste – deux femmes qui incarnent deux facettes symboliques (l’éternel féminin et le féminisme) de ce siècle-là. Elles vont croiser sur leur route le même homme, un homme qui confond les deux femmes et qui se retrouvent forcément quelque peu désarçonné par ces deux tempéraments opposés (l’une résolument ouverte, l’autre résolument plus empruntée). C’est une ligne directrice qui paraît claire mais qui est loin de prendre en compte d’autres éléments dans cette œuvre à la structure narrative « éclatée » : on suivra également en parallèle la contribution d’Edison (un Edison quelque peu désabusé et amusant) à ce siècle (de l’électricité au télégraphe), le témoignage d’un singe en captivité ou les aventures d’un chien s’échappant d’un labo ou encore des discussions entre les étoiles toujours prêtes à venir en aide à l’un des individus (ou à l’un des animaux) de ce récit à l’allure plus fantasmagorique que réaliste. Bref, que du bonheur pour le spectateur en quête d’expérience cinématographique originale et dépaysante (Enyedi nous trimballant sans cesse d’un endroit à l’autre de cette planète).

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Difficile de ne pas tomber sous le charme de cette héroïne (Dorota Segda) qui endosse trois rôles différents (celui de la mère et des deux sœurs jumelles) – la séquence érotique (rhaaa, ces multiples jupons et porte-jarretelles qu’il faut savoir retirer avant de s’introduire) sur le bateau vaut à elle-seule le détour -, de ne pas s’amuser de ces digressions animalières, de ne pas admirer ce noir et blanc sublimement éclairé par Edison himself… Même si ces deux figures féminines symboliques sont quelque peu figées dans leur rôle, même si l’on se perd parfois sur les divers chemins de traverse qu’emprunte la cinéaste, même si… fi des réserves et sachons aussi parfois se laisser embarquer dans les visions oniriques et délirantes d’une créatrice dont l’univers « surréaliste » (tout en traitant de l’évolution scientifique et de concepts politiques et soiétales) aime à passer du coq à l’âne – un âne, justement, comme véritable guide des rêves. Magistralement destabilisant.

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