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Parfois, on ripe, et on regarde un film anglais. On s'en mord les doigts aussitôt, bien sûr, mais enfin le mal est fait. Frank ne déroge pas à la malédiction qui frappe depuis toujours le cinéma britannique : il est nul. Abrahamson a beau faire tout ce qu'il peut pour être original, il ne sait pas écrire, dirige mal ses acteurs, se trompe de point de vue, oublie le rythme en cours de route et pose systématiquement sa caméra au mauvais endroit. Dès le départ, ça sent la fausse bonne idée : un musicien du dimanche se trouve engagé par hasard au sein d'un groupe de rock expérimental, mené par l'énigmatique Frank, chanteur cassos tellement introverti qu'il porte jour et nuit une grosse tête en bois qui dissimule son visage ; une sorte de Daft Punk avant l'heure, quoi, et qui ressemble à un gros Playmobil. Le film va donc tenter de travailler sur les affres de la célébrité, en déployant ce complexe personnage, moitié fou moitié génial, sous les yeux de notre candide narrateur.

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La grosse erreur première, c'est de penser que ça va donner quelque chose : passée la surprise du premier plan où arrive Frank, on ne cesse de se dire pendant tout le film que ça aurait été tellement plus simple de ne pas lui faire porter ce masque ; plus simple et plus subtil : les gros sabots d'Abrahamson sont faits du même bois que la tête de Frank, et son lourdaud discours est asséné par des dialogues soulignés, bavards et sans aucune nuance. Dialogues portés d'ailleurs par des acteurs péniblement caricaturaux (sauf un ou deux personnages secondaires étonnament sauvés du massacre, François Civil notamment) : Maggie Gyllenhaal en punkette hardcore est épuisante de construction de personnage, Michael Fassbender en Frank arrive à faire 40000 grimaces/seconde alors que son visage est dissimulé (mais quand le masque tombe à la fin, c'est pire encore, Rain Man n'est pas mort). Mais la plus grosse erreur, de casting et d'écriture, tient dans le personnage interprété par Domhnall Gleeson : aucun charisme, aucun charme, on se demande ce qui a pris les auteurs de vouloir lui faire tenir le rôle du narrateur ; à moins qu'ils n'aient voulu le confondre avec le spectateur, ce qui en dit long sur leur vision d'icelui... Jamais drôle, musicalement maigrichon, pas intrigant pour un sou, le film déroule sa trame courrue d'avance en tentant à chaque séquence d'être sur-signifiant et original, et on a l'impression peu à peu de regarder un Gondry, mais qui n'aurait gardé de celui-ci que la panoplie de bricolo. Vide, inutile, chiant, oubliable comme un film anglais.