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Un premier film, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il ne ressemble à rien de ce qu'on connaît, ce qui est une qualité. Salvador tente un genre dont il est jusqu'alors le seul représentant : le film de super-héros français. Il se pose donc de vraies et bonnes questions : comment faire entrer le genre comics dans le territoire français, faire se rencontrer le blockbuster et les ambiances pialatoises ou varda-esques bien d'cheu nous ? Contre toute attente, il parvient à mixer les deux genres, parfois un peu au chausse-pied c'est vrai, mais avec une indéniable vision, une vraie confiance dans l'hybridation des genres, et qui plus est un humour feutré et un grand sens de l'espace : son film est donc parfaitement intrigant et singulier, c'est déjà beaucoup.

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Vincent est un mec banal, timide et solitaire, qui découvre qu'au contact de l'eau, ses forces se voient décupler. Il se baigne donc longuement dans le lac voisin, et fait découvrir à sa copine ébahie son nouveau pouvoir dont il ne sait que faire. Un incident va mettre les flics à ses trousses, pour une longue course-poursuite sur les petites routes de France qui prendra une bonne moitié du film. Il y a un côté absurde dans ce gars aux super-pouvoirs inutiles, qui va les utiliser pour des besognes purement pratiques : abattre un mur (il travaille sur les chantiers), épater son amoureuse ou s'ébattre gaiement dans les lacs. La découverte de sa force va de pair avec celle de l'amour, la petite Virmala Pons (un peu agaçantre dans son imitation d'Anna Karina) est la spectatrice parfaite des performances du compère. Elle n'est pas en reste de super-pouvoirs elle non plus, réalisant une magnifique scène de "plus longue caresse du monde", apportant fantaisie et énergie dans la vie morne de ce garçon. Le scénario, allangui, flou, privilégiant les petites routes aux grands boulevards, est très agréablement relâché, et Salvador prend tout son temps pour faire exister ce personnage sans qualité (joué pas super bien par lui-même).

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Mais surtout, il travaille sur la notion de territoire, géographique et cinématographique, avec une belle fantaisie. Vincent n'appartient pas à l'endroit où il évolue, son aspiration est américaine, et on dirait que le film épouse cette soif d'Amérique. Il est plein de clins d'oeil, au splastick (des copié-collé de Cops de Buster Keaton), au gros spectacle américain (les amoureux du Spiderman de Sam Raimi reconnaitront sans peine une scène culte de celui-ci), au cinéma de trucages (très bien réalisés, d'ailleurs) mais il reste pourtant profondément ancré dans la campagne française : la fuite de Vincent se fait dans de petits villages déserts, le long de chemins de la Côte d'Azur, dans des lacs qu'on croirait sortis d'un film de Guiraudie. C'est cet entre-deux qui fonctionne, entre une incarnation, un physique, une poétique du corps inspirés du cinéma américain, et un intellectualisme, un humour et un sens de l'identité qui appartiennent à une veine française. Du coup, on se balade interloqué dans cet objet étrange, pas toujours bien foutu, pleins d'imperfections (le jeu d'acteurs, le montage), mais qui affirme son originalité avec une belle santé. Très prometteur. (Gols - 25/07/15)


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A la vision de la première demi-heure, le constat est là : ce n’est pas un film de Rohmer. Les scènes d’exposition s’enchaînent, les dialogues sont ultra-minimalistes, au moins on ne pourra pas reprocher à Thomas Salvador de tomber dans la bonne vieille qualité française bavarde. Au-delà de ça, et ce malgré l’originalité citée par mon comparse, le film, sans écailles, on était prévenu, est terriblement lisse. Le super-héros à la française ne peut être que le French lover d’une gentille petite girl next door bien de chez nous (j’ai cela dit connu sous d’autres latitudes une Vimala mais je m’arrêterais là sous peine d’être hors-sujet) emmerdé plus que servi au final par ses superpouvoirs : l’éternel problème de l’exception culturelle française à bien y réfléchir. Le gars a beau tenter de se noyer (…) dans la masse en enchaînant les petits boulots de merde, il est rattrapé par ses dons qui tournent rapidement à la tare ; chez les Américains, le gars aurait sauvé les baleines et le Commandant Cousteau, chez nous il en est réduit à faire des longueurs dans des lavoirs pour échapper à la police – c’est plus fort que nous, faut qu’on se distingue du commun des mortels. Lisse, disais-je plus haut, car après le tournant du match - une baston qui tourne mal – nous voilà dans une bien longuette course-poursuite (un hommage à French Connexion ?) qui ne peut se terminer qu’en queue de poisson outre Atlantique (Vincent n’a pas d’écailles 2 tourné par Luc Besson est malgré tout en prévision avec Patrick Duffy et s’annonce d’ores et déjà comme un blockbuster à  la con qui remplira les salles et videra les crânes – mais je m’égare par manque de matière). On ne peut reprocher, once again, au gars Salvador de prendre les chemins de traverse et de nous servir un film minimaliste qui rend hommage au passage aux jolis paysages touristiques français. C’est louable, j’en conviens, et d’une sobriété sympathique ; ces 70 minutes sont malgré tout bien courtes en bouche. Une histoire d’eau bien légère qui ne laissera dans les mémoires qu’un petit filet d’écume. (Shang - 23/08/15)