image

Typiquement la bonne idée gâchée. Zellner avait entre les mains le projet en or, le film de et pour cinéphiles qu'on guette toujours un peu : Kumiko, petite Japonaise introvertie et tristoune, est fascinée par le film Fargo, des frères Coen. Elle le scrute inlassablement sur sa VHS toute pourrie, et particulièrement les minutes qui montrent Buscemi enterrer une valise pleine de biffetons dans la neige. Son but désormais : retrouver l'endroit exact de cette scène et déterrer le magot. Elle va entreprendre un long voyage vers Fargo, laissant derrière elle boulot, lapin nain et identité pour atteindre ce but fantasmatique ultime. Est-elle complètement folle ou consciente de l'utopie de sa quête ? On voit tout ce que cette idée peut amener en terme de pouvoir du cinéma, de croyance dans la supériorité de celui-ci sur la vraie vie, et on attend avec un sourire ravi que Zellner transforme cette idée en or, et réalise LE film de cinéphile-obsédé de notre génération.

hero_KumikoTheTreasureHunter_2015_1

Il faut malheureusement assez vite déchanter. Les options de style choisies par le réalisateur sont systématiquement à côté de la plaque. Plutôt que d'accepter le potentiel onirique de son scénario, il choisit de tout montrer de façon réaliste, accrochant sa Kumiko dans son quotidien (boulot, logement, etc.), très minutieux sur le contexte alors que tout est intéressant sauf ça. Du coup la quête de Kumiko semble menée par le seul appât du gain, et tout l'aspect "cinéphile" de la trame est sacrifié. Elle veut du fric, point, et peu importe qu'elle ait trouvé sa carte du trésor dans un film ou ailleurs. Pour meubler, Zellner filme les personnages fades qu'elle croise sur sa route, qui font sortir le scénario de son but et disperse le film aux quatre vents. Peu à peu, on voit nos espoirs fondre à mesure qu'on s'approche des neiges du Dakota. Quand le gars se rend compte que son idée est gâchée et qu'il a oublié de parler de fantasmes, d'obsession, de puissance du regard, il tente de raccrocher avec quelques minutes finales enfin un peu senties et décalées, mais c'est trop tard. Il est resté au ras de la moquette, rendant très antipathique son personnage (montrée comme un mystère opaque, décrite uniquement dans ses gestes, mais finalemnt vénale et légèrement con), très banale sa quête et très fade sa réalisation. De temps en temps surgit une bonne idée, comme ces longs plans sur le film des Coen complètement haché et illisible, dans lesquels on scrute les détails du rêve de Kumiko ; ou comme ces moments d'hébétude, de vide, où le personnage semble pris dans ses pensées, dans ses obsessions. Mais ces plans sont beaucoup trop rares, et ensevelis sous un souci d'efficacité bête qui n'a rien à faire là. Donnez-moi le même postulat de départ, je vous écris le Vertigo d'aujourd'hui ; Zellner, lui, a réalisé un film inutile.

kumikotreasurehunter