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En pleine nouvelle vague, le Colpi secondé par la boute-en-train Marguerite Duras signe ce film sage comme une image : un décor (un bar), une trame dénudée (les retrouvailles entre une femme et un homme amnésique), des dialogues durassiens éminemment littéraires, un jeu empreint d’accents tragiques (Valli, ni vraiment ma tasse de thé ni mon demi)… Bref, on n’est pas vraiment dans le olé-olé qui fleure le parfum de liberté, plus dans le carré qui transpire le bon vieux classicisme. La photo noire et blanche est bien jolie, Copi ne cesse tel un bon chef de gare de nous servir travelling sur travelling dans son bar - une vraie école du rail - et tente de faire monter doucement la tension entre ces deux individus : la Valli va-t-elle parvenir à persuader cet homme qu’il est bien celui qu’elle aimait, celui qui l’aimait ? Vaste programme tant notre clochard guère céleste semble perdu dans ses vieux magazines et ses pensées ; seuls quelques airs d’opéra et une bonne bière fraîche semblent pouvoir le ramener à la vie pour un temps avant que le brouillard retombe sur l’esprit de notre gars déphasé. On peut apprécier cette obsession de Colpi de tourner autour de son sujet, de montrer par le menu tous les stratagèmes employés par la Valli pour ramener cet homme à la réalité, à leur ancien amour auquel elle croit dur comme zinc… mais l’ambiance anxiogène finit plus souvent qu’à son tour par nous faire pousser quelques soupirs d’ennui. Est-ce la diction de la Valli, l'air hagard de Georges Wilson ou la langue durassienne au cordeau qui finit par nous peser sur les nerfs ? Difficile à dire, n’empêche qu’on est point surpris de voir notre homme finir par prendre les jambes à son cou comme s’il cherchait plus à fuir l’ennui que son passé - qui le rattrapera joliment, je l’avoue, au coin de la rue.  Une œuvre formellement intéressante mais quelque peu pesante - comme pourraient l’être des rideaux rouges de théâtre trop amidonnés.

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Quand Cannes,