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Digne et sobre, ce sont les deux mots qui viennent à l'esprit devant ce cinéma cultivant l'effacement, laissant la force du propos faire l'essentiel du taff, quitte à produire une mise en scène un peu transparente. L'ambition est pourtant grande : les Elkabetz filment un procès, et rien qu'un procès, étalé sur de nombreuses années, entre une femme et son mari. Elle veut divorcer, a quitté déjà le domicile conjugal, n'éprouve rien pour son mari, qui la délaisse et se montre très froid. Lui s'accroche à cet amour qui s'éteint, autant par vrai sentiment que par orgueil, s'arc-boute sur son refus de séparation. Or, en Israël, tant que le mari ne répudie pas officiellement sa femme, le divorce, décidé par un tribunal rabbinique, ne peut être prononcé. D'où la longueur usante de ce procès, qui va de déceptions en espoirs, au gré des manipulations sentimentales du mari, fuyant comme une anguille. Il n'y a que ça dans le film : les auditions éternellement répétées, les passages des témoins, les énervements d'avocats, les minuscules manoeuvres et les pièges d'éloquence. C'est le challenge : ne montrer que les longues discussions du procès, dans une unité de lieu et d'action très théâtrale. Pas facile, à moins d'être Preminger ; les Elkabetz échouent un peu de ce côté-là : un montage amidonné, une certaine raideur dans les rythmes, des champs contre-champs un peu scolaires, et quand ils sont dans la construction esthétique de plans (quatre ou cinq personnages disposés géométriquement dans l'espace), ils sont un peu trop solennels et systématiques. Ce n'est donc pas vraiment dans la mise en scène que le film est bon, malgré le pari.

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Mais pour tout le reste, il faut reconnaître que Le Procès de Viviane Amsalem est intéressant. Par le savant équilibre du scénario par exemple, qui joue sur la tragédie mais sait faire entrer dans le champ des personnages hauts en couleurs, assez drôles (la soeur, l'avocat populiste du mari), et qui sait même habilement user d'une certaine absurdité (les juges caricaturés en pères-la-morale). Par le jeu d'acteurs, très intense, avec une courbette surtout devant Simon Abkarian, d'une sobriété et d'une opacité presque effrayantes. Et surtout parce qu'il évite complètement l'écueil de faire de ce procès d'une femme délaissée un pamphlet féministe ou un film mondialiste de plus. Après tout, il n'est presque pas question de religion là-dedans, et relativement peu de la domination masculine en oeuvre en Israël (seule une jolie séquence entre une femme et son mari, appelés comme témoins, et qui joue sur les rapports de domination, traite ce sujet). Mais il est question de la définition de l'amour : le mari, en effet, n'a rien à se reprocher, il donne à sa femme ce dont elle a besoin ; mais on comprend pourtant sa position à elle : si l'amour n'est pas là, à quoi bon rester ensemble ? Toutes les ratiocinations des jurés vont donc tourner autour de la nature exacte du sentiment amoureux, et c'est très beau. Le mari, Elisha, refuse de voir son amour finir, et son énervante inflexibilité se comprend, tout comme se comprend l'indignation de cette femme qui rêve de cette libération symbolique d'une histoire d'amour qu'elle n'a jamais validée. C'est donc à un duel sentimental qu'on assiste, et le film est bon quand il isole, au sein des longues discussions entre avocats et juges, ce couple qui ne sait plus communiquer. Habile détournement de ce qu'on pouvait attendre de ce genre de productions. Du coup, satisfait.

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