Maniac-[Intext]

Bon encore un film d'horreur qui voudrait bien avoir l'air, qui voudrait bien avoir un peu d'ambition, mais qui finit les banderilles dans le bide aux pieds du Grand Divertissement Capitaliste, RIP. C'est vrai que quand on voit écrit au générique : "produit par Thomas Langmann et Alexandre Aja", on tique un peu : on connaît le peu de scrupules des gusses pour gâcher de beaux projets par leurs vélléités financières. Ils sont à nouveau pris en flagrant délit. Le télécommandé Franck Khalfoun a en charge de réaliser le remake du slasher des années 80, et a une bonne idée : pour la première fois, on va tout filmer du point de vue du tueur, en caméra subjective, comme une extension ad nauseam du premier plan d'Halloween. Le début du film est de ce côté-là prometteur : ça fonctionne, pour tout dire, et on aime cette sorte de mystère développé par cette idée. On ne voit pas le visage du tueur, juste un regard hagard dans un rétro, une voix, et on a pourtant l'impression de tuer "avec lui". On se frotte les mains, et on se dit que cette idée s'en double d'une autre : c'est Elijah Wood qui interprète ledit tueur, et engager une star pour n'en montrer qu'un regard, qu'un reflet entraperçu dans un miroir ou quelques mots, ça semble bien couillu.

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On déchante au bout de 10 minutes environ. Incapable de tenir son concept, Khalfoun biaise, fait semblant de faire du plan subjectif, et cadre de plus en plus le rentable Wood histoire de justifier son salaire. Formellement, le film devient un grand n'importe quoi, très artificiel, et le dispositif, loin d'apporter au film, piège le réalisateur. Il ne cesse de vouloir échapper au principe qu'il a mis lui-même en place, multipliant les plans qui sortent du plan subjectif, n'osant pas les regards caméra effectivement peu simples à réaliser, et s'enferrant dans un spectacle à tout prix qui casse toute l'étrangeté du début. Résultat : on n'a jamais peur, on n'est jamais troublé par cette empathie qu'on nous demande d'avoir avec un gars qui scalpe des gonzesses, et on est prisonnier nous aussi de la fausse bonne idée. Comme le scénario est totalement débile (une psychologie de comptoir surlignée par une symbolique ridiculement lourde), comme Wood, même entr'aperçu est mauvais comme un cochon, comme ses victimes sont toutes plus nases les unes que les autres (des bimbos, des caricatures d'artistes), on regarde le massacre en surveillant l'horloge, et on constate qu'une fois de plus, Hollywood est une frileuse petite chose réactionnaire qui se donne des airs de punk piercé.

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