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Quel plaisir de retrouver l'ami Herzog au top de sa forme (il toussote un peu, certes, payant les clopes du tournage et du montage de On Death Row...), prêt à en découdre avec des aspirants cinéastes. Sans langue de bois, le cinéaste allemand revient sur ses conceptions cinématographiques, ses choix, ses visions et nous gratifie, pour illustrer ses propos, d'extraits de ses propres films ou encore de l'intro - ou tout du moins de l'arrivée du Marlon - dans Viva Zapata ! (un modèle à ses yeux). Tout aspirant cinéaste ambitieux doit savoir faire de faux documents, s'introduire illicitement dans un bagnole pour la faire sortir du champ... le ton est donné : ce n'est pas un travail à prendre à la légère mais un job qui demande une certaine prise de risque personnelle. Herzog commente le début (Into the Abyss) ou la fin de ses films (l'excellent Stroszek), revient longuement sur des passages de Bells from the Deep (sa rencontre avec Jésus (the real one of course) ou ces fameux "pélerins" en arrière plan qui rampent sur une couche de glace - des pélerins qui sont en fait des types bourrés qu'il a trouvés dans un troquet local : tout l'art de la mise en scène réaliste du gars Herzog, dit-il pour que le Gols grince des dents), explique l'importance de l'utilisation de la musique (une entrée musicale toujours millimétrée), des sons, des silences... Il fait feu de tout bois face aux questions de ses jeunes invités, décrivant un Kinski résolument barge (l'assistant du Werner qui, tous les matins, efface les traces de sang laissées par la compagne de Klaus Kinski sur les murs de l'hôtel, ce dernier ayant une fâchause tendance à martyriser la donzelle chaque soir... Non, le personnage n'en sort pas grandi), descendant les écoles de cinéma (l'art de poser les bonnes questions au bon moment, de choisir ses sujets, d'aller jusqu'au bout de l'aventure... ne s'apprend pas) et revenant sans cesse sur sa "philosophie" du cinoche, sur ce jeu sur la frontière entre fiction et réalité, mise en scène et improvisation (l'utilisation des iguanes dans Bad Lieutenant, un grand moment de delirium tremens...). Oui, il triture la réalité pour lui donner plus de relief, plus d'impact (trouver cette fameuse "ecstasy"), oui, il reconnaît être un animal à sang froid étant prêt à tout pour aller au bout d'un projet (les gentilles petites menaces de mort qu'il fait au Klaus pour qu'il n'abandonne pas le tournage) : il faut avoir réfléchi, au préalable, à tous les aléas d'un tournage pour trouver, le moment venu, une réponse adéquate. Il parle également de sa conception du montage (tourner le moins possible, ne garder que les temps forts, faire le montage dans la foulée en quelques jours) ou encore des "hasards" de la vie dans le choix de ses sujets : seulement quand un sujet l'accroche, quand il reçoit cette illumination, il ne lâche plus rien (il parle ainsi notamment de son coup de coeur brutal pour les histoires de Grizzly man ou d'Aguirre). Enfin, le gars insiste et insiste sur le fait qu'il faille lire, lire, lire, lire, ce qui devrait le réconcilier à vie avec Gols... Werner fait part de sa vision empirique du cinoche et c'est une vraie bouffée d'air pur (avec toujours cette petite pointe d'humour caustique à froid) pour tous les fans du génie allemand plus doué et jusqu'au-boutiste qu'un Beckenbauer - pour ne prendre qu'un exemple. Une petite leçon de chose cinématographique aussi savoureuse qu'une bonne bière allemande. Cheers.

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Vénère Werner here