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Remake de l'agréable film de Mackendrick, The Ladykillers a au moins le mérite de ne pas péter plus haut que son fondement, ce qui en fait une récréation tout à fait recommandable. Les Coen conservent l'aspect "humour anglais" de l'original, mais flirtent aussi avec les grands thèmes de leur filmographie typiquement américaine : les freaks, le Sud des States, et un sympathique ajoût de quelques motifs d'épouvante qui transforment ce film en objet parfois inquiétant, morbide, déviant, et doucement tordu. Pas  de quoi hurler au génie, non, mais reconnaissons que ce film hybride tient la barre.

2004 Ladykillers - WEB-DL 720p [RpK]

Un mystérieux voyageur débarque donc chez une logeuse du Mississipi, soit disant avec de très bonnes intentions pieuses et érudites (des répétitions de musique classique). Il prépare en fait le casse du casino d'à côté, plan machiavélique qui devrait lui assurer les honneurs et se passer dans la douceur. Mais le casting de bras-cassés qu'il opère, à côté duquel les bandits du Pigeon sont des as, ainsi que la forte présence de la dame vont compliquer la tâche : les cadavres vont s'accumuler, les bévues itou, et le casse du siècle va se transformer en catastrophe. Bonne idée, déjà, d'avoir transposé la trame britannique dans le Mississipi black, catho et moraliste ; ça permet non seulement d'écouter de la bonne vieille zique (la BO est parfaite), mais aussi d'appuyer sur le hiatus entre cette vieille dame digne et ces voleurs de Prisunic. La bien-pensance représentée par Marva Munson (Irma P.Hall est très drôle) se heurte à la bêtise crasse de la bande de casseurs : un black au vocabulaire leste, un japonais mutique, un vieux de la vieille à problèmes digestifs, un débile mental fan de foot américain, chacun traîne avec lui tout ce qui est l'opposé de la logeuse. Surtout, les Coen lui oppose son double maléfique, Mr Dorr (Tom Hanks), érudit vieille école, fan de Poe, qui semble surgir du XIXème siècle avec sa politesse suave et son costume à la con. C'est lui, finalement, qui amène le côté le plus préceiux du film, l'inquiétude, le morbide. Le personnage est sorti des films d'épouvante de la Hammer ou de La Nuit du Chasseur (les premières notes de "Leaning" apparaissent d'ailleurs, c'est amusant), et Hanks sait lui donner une sorte de monstruosité sirupeuse bien sentie ; les Coen le filment en longues focales pour augmenter son aspect monstrueux, c'est torve à souhait.

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Tous les bandits sont d'ailleurs une bande de freaks tordus et inquiétants. Tous ne sont pas intéressants, et les Coen ne savent pas toujours éviter une caricature trop poussée. Mais c'est intéressant de voir, dans ce monde lisse de petite ville bénie-oui-oui, débarquer tels des immigrés moyens cette équipe de sauvages qui ne collent avec aucun genre accepté. Avec eux, c'est la Mort qui rentre dans la ville, et les thématiques de Poe et du gothique en général sont très joliment traitées (le gag récurrent des cadavres jetés par-dessus la rambarde d'un pont, le meurtre prémédité de la vieille dame...) C'est vrai que dans le développement, le film est souvent raté : gags pas très fins (la colique de l'un des voleurs, ouarf ouarf), scènes trop longues, séquences d'exposition de chaque personnage plates, c'est loin d'être un chef-d'oeuvre. Mais Ladykillers sait retrouver quelque chose des bons Coen, ceux qui savent allier la comédie burlesque et la violence (Arizona Junior, Fargo), et constitue donc un petit truc amusant et fûté.