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Souvenirs des vieux Wallace et Gromit de ma jeunesse, j'ai voulu vérifier si les studios Aardman étaient encore plus ou moins en forme avec les ans passant. Eh bien, ma foi, oui et non. Shaun le Mouton est un petit truc très agréable à l'ancienne, qui réssucite les animations en volume et les gentils animaux, ce qui suffit à le rendre attachant. C'est un vrai plaisir de voir comment, avec un trait de pâte à modeler ou l'arrondi d'un oeil, les gars arrivent à rendre expressif une tronche, à donner du sentiment à leurs petits objets de laine et de bois. Pourtant, ces moutons sont dessinés avec une simplicité enfantine : une boule blanche, deux yeux à la con, une bouche de biais, et roule. Tout le fun vient des mini détails, notamment cette symphonie de bêlements parfaitement crétins qu'ils poussent suivant leur taille. Shaun, le chef du troupeau, le plus malin, va emmener sa petite troupe jusqu'à la grande ville pour récupérer leur fermier devenu amnésique, un peu comme King-Kong finalement, mais en ovin. L'odyssée sera pleine de bruits et de fureur, puisqu'on croisera une galerie de personnages (humains ou animaux) parfaitement poilante, un directeur de fourrière cruellissime, un chien moche, et que les scènes d'action s'enchaîneront façon grande école hollywoodienne. Le hiatus entre les excès de la trame et le tendre quotidien de ces animaux de ferme fonctionne super bien. On a droit à quelques gags vraiment savoureux, souvent qui tiennent à très peu de choses, et on aime la modestie du projet, tout comme on aime que le film s'adresse à tous sans cliver les publics : les adultes comme les enfants se marreront aux mêmes gags, Shaun parvient vraiment à trouver un socle d'humour commun aux différentes générations.

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Mais le fait est aussi qu'à plein d'endroits, on est un peu déçus et un peu nostalgiques de la splendeur passée. Trop compliquée, la trame oblige les réalisateurs à humaniser à l'excès les moutons, qu'on préférait largement dans leur simple état de bestiaux un peu cons : quand ils se déguisent en humain pour sauver un des leurs, quand ils fabriquent entièrement un cheval de Troie, on se dit que la personnalité des héros a été mal pensée, et on aime moins les personnages. Les scènes d'action, si elles sont pleines de détails très marrants, manquent de cette virtuosité qu'on avait pu voir dans Le mauvais Pantalon par exemple, ce sens incroyable du rythme qui s'apparentait à du Spielberg en marionnettes. Là, dans la séquence d'action principale (celle du cheval, donc), on est parfois presque proche du poussif, alors qu'on sent Burton et Starzak désireux de retrouver cet esprit de surrenchère incroyable qui faisait la marque des grands Aardman. Question de timing. Pour compenser ce manque de taquet dans le rythme, les gars abusent un peu de la blague régressive (rots et pets, bon) qui casse la poésie de l'ensemble. On préfère largement les jolis plans colorés et apaisés montrant la vie à la ferme que les escapades en ville, même portées par cette belle musique pétaradante, même avec tous ces excellents moments qu'on y trouve. Au final : un film sympathoche, pas de doute, mais qui reste loin de ce que les studios ont su faire jadis. En tout cas, une charmante série bêêêêê : je prends une petite laine et gigot. (Gols - 16/05/15)

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Je serai beaucoup plus mitigé que mon comparse sur ce coup-là, vu à quel point le film m'a fait bâââââiller... C'est bien simple, je ne me rappelle pas avoir aussi peu ri devant un Aardman - quant à ma fille, bon public généralement, surtout dès l'apparition de cochons (un trauma d'enfance, sûrement), elle s'est guère esclaffée. Ces petites boules de poil sont charmantes mais le scénario est indigent, les gags rares, les scènes d'action affreusement lentes et attendues (oh la caravane qui rafle tout sur son passage... Même dans Une Coccinelle à Monte-Carlo, j'ai souvenir de plus de speed et de surprises - à revoir, ce que je ne ferai pas). On n'a qu'une envie, c'est que ce con de fermier retrouve la mémoire et retourne rapidos dans sa ferme... Quant aux moutons, ils sont au final terriblement moutonniers, préférant retourner dans leur train-train journalier que risquer la grande aventure - même si le fermier déchire le planning, c'est le retour à la normale... La seule véritable occupation nouvelle qu'il leur proposera à la fin, c'est de mâter la téloche : super programme. Bref. Ce Shaun-là m'a tellement peu inspiré que je crois qu'il vaut mieux s'arrêter là dans la destruction du bazar... Mignon, mouais, gentillet, plutôt, mais en rien délirant. Rendez-nous Nick Park, please... (Shang - 06/09/15)

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