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Honoré dispose d'une part d'une autoroute, d'autre part de lycéens tout nus, c'est donc logiquement qu'il décide d'adapter les Métamorphoses d'Ovide, j'aurais eu le même réflexe. Comme en plus il a du revoir récemment Les Amours d'Astrée et de Céladon de Rohmer, son style est tout trouvé : nous serons dans la naïveté délicieusement littéraire de la jeunesse lettrée, dans le mélange subtil entre mythologie antique et modernité proclamée. Malgré le peu de moyens et le temps de tournage de toute évidence restreint, on ne peut qu'admirer l'audace du pari, et contempler la chose comme elle nous apparaît : un objet ovniesque, complètement barré et sous acide, tout à la fois ridicule et ambitieux, intéressant et nazouille.

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Le film risque de vous faire passer par différents états. Le plus fréquent étant tout de même l'hilarité : les acteurs, à chier pour la plupart, sont dirigés vers un jeu bressonien, plat, qu'on appelera distancé si on veut se la pêter, mauvais si on veut être franc. Honoré leur demande tout, d'être jeunes, beaux, inexpressifs, nus et aptes à jouer des dieux et des demi-dieux. On verra ainsi Europe en sac à dos croiser un Jupiter en pataugass ou des Bacchantes en culotte sur fond de zone industrielle ou de péages autoroutiers, rejouer pour nous les grands mythes de l'Antiquité et se tranformer qui en génisse, qui en colombe, qui en lion, qui en ado exaspérant (très souvent). C'est souvent hallucinant tellement c'est mal fagotté, nos petits jeunes endossant des rôles qui les dépassent à l'évidence, les grands héros mythologiques en ressortant lessivés et exsangues. Honoré pose sa caméra sur l'herbe crasseuse des banlieues de province, cadre le Carrefour en fond, et vas-y que je te montre les grandes légendes d'Ovide au plus court, quelques phrases, quelques motifs, un montage cut sur un animal quelconque et c'est plié. La plupart du temps, avouons-le, c'est carrément bâclé, et même souvent ringard : les effets spéciaux sont nuls, l'image moche, l'ensemble assez prétentieux malgré la pauvreté de la vision...

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Mais reconnaissons que parfois, le charme agit, malgré nous, et qu'au milieu des sarcasmes le film trouve parfois une vraie beauté candide, une vraie sincérité. En plus de vous faire réviser à peu de frais les grands mythes, Métamorphoses laisse entrevoir parfois l'amour total pour la jeunesse que porte Honoré depuis toujours, et c'est bien agréable. Le monde de l'Olympe, pour lui, est comparable à celui des adolescents : opaque, fermé, inaccessible au commun des mortels. Du coup, la transposition du livre d'Ovide dans le monde moderne fonctionne assez bien, et permet même de très belles scènes, comme cette ouverture avec le chasseur, ou la belle séquence où Bacchus (le seul bon acteur du film) entraine des pucelles se baigner dans les lacs. Quand il aborde les histoires de Tirésias (en médecin aveugle et transsexuel) ou de Narcisse, il est juste, trouve un biais à la fois amusant et viable pour réssuciter les mythes. Peu à peu, et malgré le retour fréquent du ridicule (les séquences d'Orphée, poilantes), on oublie les maladresses et on se concentre sur la belle sensibilité du film, portée par une musique envoûtante et une fièvre toute adolsecente qui touche souvent. Partagés, donc, au bout du compte, mais en tout cas un peu comme une poule face à un mégot : on ne sait pas trop sur quel pied danser, et on se contente d'apprécier qu'un tel cinéma en dehors de tous les codes puisse exister.